Chronique historique : 1561, Poissy : la coexistence avortée…

Au tournant des années 1560, le royaume de France est pris dans une grande instabilité politique et religieuse. Alors que les Églises Réformées de France viennent de se réunir pour la première fois en Synode à Paris, ...

Gravure de Tortorel et Perrissin exposée au Musée du Désert (Mialet)

Alors que les Églises Réformées de France viennent de se réunir pour la première fois en Synode à Paris, François II, âgé de seulement quinze ans, monte sur le trône après la mort accidentelle de son père Henri II. Six mois après, les protestants décident de soustraire le jeune monarque à l’influence des Guise. Ce fut la conjuration d’Amboise (mars 1560) qui échoue. La répression est violente. François II décède à la fin de l’année dans d’atroces souffrances. Son frère, Charles IX âgé de dix ans devient roi sous la coupe de la régente Catherine de Médicis qui convoque les États généraux. Ces derniers optent pour une politique de conciliation entre partis catholique et protestant. Le chancelier Michel de l’Hospital prononce alors une phrase restée célèbre : « Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes ; ne changeons le nom de chrétiens »(1).

 

Un vent de tolérance souffle alors sur la cour où même le futur Henri III n’allait plus à la messe et parlait du calvinisme à la future reine Margot. Les Guise étaient alors en disgrâce tandis qu’Antoine de Navarre (père du futur Henri IV) devenait lieutenant général du royaume(2). En septembre 1561, un colloque est convoquée par Catherine de Médicis.

 

Réunies dans le réfectoire du prieuré royal de Poissy, une quarantaine de théologiens catholiques et une douzaine de protestants sont là pour mettre à plat les points saillants de discorde et éventuellement trouver un accord. En réalité les uns veulent faire revenir à la maison les hérétiques et les autres voir leur vérité triompher(3). Avec d’un côté le double de Calvin, Théodore de Bèze, et de l’autre le successeur d’Ignace de Loyola, Jacques Lainez, le colloque est un échec cuisant. En réponse à la fameuse réplique de Bèze : « Le corps du Christ est éloigné du pain et du vin autant que le plus haut du ciel est rapproché de la terre », Charles de Guise, cardinal de Lorraine s’écrie : « Plût au ciel que nous eussions été sourds aux blasphèmes de cet homme ou que lui eût été muet ! »(4).

Contact

    Puisque le compromis est impossible, il faut se résoudre à la tolérance civile pour éviter la guerre. En janvier 1562 un édit royal signé à Saint-Germain-en-Laye accorde aux protestants la liberté de conscience et de se réunir publiquement, de jour, hors des villes. Seul le culte privé est autorisé au sein des villes. Interdiction en revanche de s’assembler en armes, obligation de restituer les églises qui avaient été occupées mais interdiction de bâtir des temples. Les synodes et consistoires sont eux, autorisés. Cet édit a le mérite de reconnaître l’existence du protestantisme dans le Royaume : les protestants n’auront pas mieux avant le fameux édit de Nantes plus de trente cinq ans plus tard. Ils jubilent et croient la victoire toute proche(5).

     

    Mais si le colloque de Poissy était le signe d’une espérance de coexistence entre deux confessions au sein du même royaume, elle fut chassée à peine trois mois après l’édit de Saint-Germain par la radicalité des deux partis. Le 1er mars 1562, les Guise commettent le massacre de Wassy, première étincelle du brasier des guerres de religion qui devaient durer quarante ans(6). Quant aux protestants, ils refusèrent de restituer les églises et tombèrent dans un violent iconoclasme.

     

    Autre conséquence de ce colloque et de cet édit : les travaux du concile de Trente reprennent et se montrent toujours plus radicaux sur des sujets rejetés par la Réforme (statut des clercs, reliques, culte des saints, purgatoire). Enfin, les jésuites, venus en France pour participer au colloque peuvent dès lors s’y installer et prêcher la contre-réforme.

    Contact

       

      1 Émile-Guillaume LÉONARD, Histoire générale du protestantisme, Tome II L’établissement (1564-1700), Paris, Presses Universitaires de France, 1964, p.108.
      2 Raoul STEPHAN, Histoire du protestantisme français, Paris, Fayard, 1961.
      3 Patrick CABANEL, Histoire des protestants en France (XVIe-XXIe siècle), Paris, Fayard, 2012.
      4 Émile-Guillaume LÉONARD, op.cit., p.109.
      5 Didier BOISSON et Hugues DAUSSY, Les protestants dans la France moderne, Paris, Belin, 2006.
      6 Philippe WOLFF (dir.), Histoire des protestants en France de la Réforme à la Révolution, Toulouse, Privat, 2001.

      Contact