Œcuménisme : vers l’unité visible ?

À l’occasion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, cet article interroge le sens et la portée de l’« unité visible ». Face aux divisions ecclésiales et aux fractures du monde, que peut encore signifier une unité imparfaite mais incarnée ?

L’année nouvelle s‘ouvre avec l’habituelle « semaine de prière pour l’unité des chrétiens ».  Du 18 au 25 janvier nous nous remémorons la prière du Christ pour l’unité de ses disciples, en nous interrogeant sur le temps et la forme que pourraient revêtir son exaucement. Reconnaissons que notre protestantisme avec sa tendance à la scissiparité institutionnelle, s’accommode d’autant plus facilement des divisions de « l’Église visible » qu’il les contrebalance volontiers par tout un discours spiritualisant sur « l’Église invisible ». Pas étonnant alors que les attributs traditionnels de « sainteté, d’universalité-catholicité, d’apostolicité et d’unité » de ladite Église… se mettent alors commodément au diapason de cette « invisibilité » ! Oui, il est bien difficile pour les protestants que nous sommes, de parler de l’« unité visible » sans la reléguer au rayon de l’eschatologie. Pourtant à en croire la prière du Christ (Jn 17), c’est bien l’unité manifeste et donc rendue « visible » par les disciples qui peut et doit parler au monde.

 

Or, malgré les indéniables progrès accomplis par un siècle de dialogues et d’aventures œcuméniques parfois tout à fait fécondes, le paysage du christianisme mondial reste plus éclaté que jamais. Non seulement le nombre des dénominations ne cesse de croître, mais beaucoup parmi les grandes communions mondiales sont aujourd’hui traversées par des tensions qui confinent aux schismes (c’est actuellement le cas de la communion anglicane mais on trouve le même phénomène dans toutes les traditions y compris bien sûr au sein de l’orthodoxie et du catholicisme). Aujourd’hui, ces nouvelles lignes de fractures ne se jouent pas tant sur les formulations christologiques (comme aux premiers siècles) ou sotériologiques (comme à la fin du moyen-âge) ni même sur l’ecclésiologie et la théologie des ministères (comme au XXème siècle) ; mais bien d’avantage sur les questions sociétales et éthiques. Et voici que le positionnement sur ce type de questions devient soudain le véritable sésame ou le verrou de toute possibilité de communion. Il suffit alors que vienne se greffer sur ces clivages un besoin de « réassurance » identitaire face à un avenir incertain ou des voisins supposés menaçants…pour que la question de l’unité visible passe définitivement aux oubliettes.

 

Or je crois précisément que notre monde a un besoin vital d’hommes et de femmes qui soient capables de se reconnaître très profondément unis les uns aux autres tout en assumant une réelle et très légitime diversité.  Dans notre monde hyperpolarisé où les conflits semblent ne plus se traiter autrement que dans un caricatural rapport de force et de violence, les Églises qui sont conscientes de vivre d’ores et déjà une « unité » quoique « imparfaite » (pour reprendre la formule du Groupe des Dombes) ont non seulement une parole prophétique à faire entendre mais aussi une expérience -voire une expertise- utile à partager.  Malgré tout ce qui reste encore inachevé et « imparfait » après un siècle d’œcuménisme, le chemin d’unité sur lequel nous sommes engagés nous apprend d’une manière toujours concrète l’art de la conversation et du débat honnête, l’échange des dons, l’exigence de faire dialoguer nos perceptions de l’histoire et au besoin de poser des gestes qui contribuent à guérir nos mémoires. En persévérant dans ces apprentissages concrets et exigeants, nous refusons d’enfermer l’unité chrétienne dans un monde idéal et « invisible ». En contribuant utilement à rendre cette unité quoique « imparfaite », parfaitement « visible » nous inscrivons dans la réalité du monde notre refus résolu de voir la violence et l’exclusion érigées en horizons indépassables.

 

Pierre Blanzat

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