2026, l’année Salomon de Brosse
Si les protestants français ont eu du mal, du fait de leur histoire, à se faire une place dans les grands noms de l’histoire de l’art, il y a tout de même une discipline dans laquelle une famille a donné plusieurs talents : l’architecture.
Tout démarre au XVIème siècle avec Jacques Androuet du Cerceau (vers 1515-1585). Graveur et architecte, il est surtout fameux pour son ouvrage Les plus excellents bastiments de France dans lequel il collectionne les plus prestigieuses réalisations architecturales de son temps. Homme de la Renaissance marqué par ses voyages en Italie, il est aussi un protestant de la première génération, protégé de Renée de France (fille de Louis XII, belle-sœur de François Ier). Si ses réalisations n’ont guère traversé les époques, celles de ses descendants sont encore sous nos yeux. Car Jacques Androuet du Cerceau est un patriarche de l’architecture !
Deux de ses fils prennent le flambeau : Baptiste (vers 1545-1602) et Jacques II (1550-1614). Le premier est architecte du roi Henri III et travaille à tous les projets royaux de son temps. Son fils, Jean (1585-1649) sera à son tour architecte du roi Louis XIII. Il prend la suite de son père pour les travaux du château de Fontainebleau qui lui doit son fameux escalier en fer à cheval. Il supervise les travaux du Pont au Change et de nombreux hôtels particuliers parisiens.
Le second, Jacques II travaille avec son frère au palais du Louvre et lui donne sa galerie du bord de l’eau et le pavillon de Flore qui relie le Louvre aux Tuileries le long de la Seine, amorce les travaux du Pont Neuf, devient le contrôleur général des bâtiments d’Henri IV. Pour Gabrielle d’Estrées il bâtit un château de plaisance à Montceaux-lès-Meaux, bâti des hôtels particuliers parisiens et serait même à l’œuvre dans la conception de la place des Vosges. En 1607, il dirige les travaux de la construction du premier temple parisien : le temple de Charenton.
Leur neveu, Salomon de Brosse (entre 1565 et 1571-9 décembre 1626), fils de l’architecte Jean de Brosse et de Julienne Androuet du Cerceau, prend sa succession et devient, lui aussi, à son tour, un des plus grands architectes de son temps. Lorsque le temple de Charenton est brûlé en 1621, c’est lui qui le restaure et l’améliore. En 1615, pour la reine Marie de Médicis il dresse tous les plans du palais du Luxembourg, l’écrin actuel du Sénat. Nostalgique de l’architecture florentine, la reine soumet à Salomon de Brosse de s’inspirer du palais Pitti, résidence achetée en 1549 par la famille de Médicis pour diriger son grand-duché. La réalisation de Salomon de Brosse puise donc ses racines dans la Renaissance qu’il maîtrise parfaitement mais qu’il fait évoluer en l’amenant progressivement vers une forme de classicisme. Trois ans plus tard, on le retrouve à Rennes pour édifier le palais du parlement. Il exerce aussi son art pour le château de Coulommiers (Seine-et-Marne), le château de Blérancourt (Aisne). On lui doit aussi la façade de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais, dans le 4e arrondissement de la capitale, qui se distingue par l’apparition dans son architecte des trois ordres antiques de colonnes. Au rez-de-chaussée, elles sont doriques, au premier niveau ioniennes et au sommet corinthiennes. Cela va devenir un classique du classicisme !
En cette fin d’année 2026, nous nous souvenons donc de la disparition en décembre 1626 de Salomon de Brosse, dernier mais non le moindre de cette dynastie protestante d’architectes qui a donné à la France quelques uns de ses plus beaux édifices. Si vous vous promenez dans la cour Napoléon du Louvre, au milieu de cette foule d’illustres hommes qui nous regardent, deux membres de la même famille : Jacques Androuet du Cerceau et son petit-fils, Salomon de Brosse.
Pasteur Pierre-Adrien DUMAS
Sources :
- Musée virtuel du protestantisme
- DUBIEF Henri et POUJOL Jacques, La France protestante, Histoire et Lieux de mémoire, Max Chaleil éditeur, Montpellier, 1992.
- LAURENT René, Promenade à travers les temples de France, Les Presses du Languedoc, Millau, 1996.
- REYMOND Bernard, L’architecture religieuse des protestants, Labor et Fides, Genève, 1996.