Chronique historique : Le marquis de Jaucourt, mécène de la reconstruction du protestantisme

Dans la galerie de portraits de celles et ceux qui ont participé à la reconstruction du protestantisme français au début du XIXème siècle, nous y trouvons naturellement beaucoup de pasteurs. Ils étaient pourtant entourés et soutenus par des personnalités influentes. En région parisienne, il ne faut pas oublier le marquis de Jaucourt.

Né en 1757 à Tournan-en-Brie, François-Arnail de Jaucourt est un descendant direct de Philippe Duplessis-Mornay, membre éminent du parti huguenot, conseiller d’Henri IV, au cœur de la rédaction de l’Édit de Nantes. Catholique sur le papier, la famille Jaucourt est connue sous le règne de Louis XV grâce au chevalier Louis de Jaucourt qui participe à la rédaction de l’Encyclopédie. Dans le salon maternel où Malesherbes était un familier, on prépara l’Édit de Tolérance de 1787.

 

Le jeune François de Jaucourt entame d’abord une carrière militaire dès l’âge de 16 ans, sous la protection du prince de Condé. Lorsque la Révolution éclate, il est colonel du régiment de Condé-Dragons. Favorable aux idées nouvelles, membres du club des Feuillants, parti modéré qui prône la monarchie constitutionnelle, il est élu en 1791 président du directoire du département de la Seine-et-Marne et député du même département à l’Assemblée. Membre du comité diplomatique, il s’oppose à la guerre en 1792. Devenu bien trop modéré au cœur de la fièvre révolutionnaire, il démissionne de sa mandature mais est tout de même incarcéré. Il ne doit son salut qu’à Mme de Staël qui le fait libérer la veille des massacres de septembre 1792.

 

Commence alors une période d’exil : à Londres en compagnie de Talleyrand puis en Suisse et en Allemagne. Jaucourt revient en France après le coup d’État du 18 brumaire. Grâce à ses liens avec Talleyrand, il retourne aux affaires en s’occupant notamment du dossier du Concordat. Il défend alors la reconnaissance officielle des Églises réformées dans le cadre des Articles organiques signés en 1802. L’année suivante, il est nommé sénateur. Sous l’Empire, il est un proche de Joseph Bonaparte qu’il accompagne à Naples. Il est créé comte d’Empire en 1810 (changé en marquis en 1818).

 

Quand le déclin de Napoléon s’amorce, il se rallie aux monarchistes. En 1814, membre du gouvernement provisoire, il signe plusieurs adresses : aux soldats pour les délier de leur serment à Napoléon et aux Français pour qu’ils se rallient à la « véritable monarchie ». C’est encore lui qui signe le décret du Sénat le 6 avril 1814 qui appelle Louis XVIII à régner comme roi des Français. Il est nommé ministre d’État puis pair de France (il siège à la chambre des pairs jusqu’en 1848). Pendant les Cent jours, il suit Louis XVIII puis devient ministre de la marine pendant quelques semaines.

 

Ayant reçu tous les honneurs (Grand-croix de la Légion d’honneur en 1815), il se retire peu à peu en Seine-et-Marne où il préside le conseil général, et s’intéresse désormais aux intérêts du protestantisme français.

 

Déjà en 1803 il avait été élu au consistoire de l’Église réformée de Paris mais n’y siégeai guère. Mais durant la Terreur blanche (été 1815), il se révèle être un fin négociateur. A Nîmes, cet été-là, de nombreux protestants avaient été massacrés ; il obtient la réouverture des temples. Il défend aussi les protestants dans plusieurs affaires face aux pressions catholiques.

 

En 1818, aux côtés des pasteurs Marron, de l’Oratoire, et Goepp, de la confession d’Augsbourg, il fonde et préside jusqu’à sa mort la première société religieuse protestante en France : la Société biblique protestante de Paris (ancêtre de l’actuelle Alliance Biblique française) qui permet une diffusion massive de la Bible dans les foyers protestants qui en avaient été privés pendant si longtemps.

 

En 1829, il devient président de la Société pour l’encouragement de l’instruction primaire parmi les protestants de France. Le nom du marquis de Jaucourt circule partout dans le milieu protestant pour lequel il finance de nombreuses choses : par exemple, en 1827, c’est lui qui offre sa cloche au temple de Nanteuil-lès-Meaux.

 

Il meurt en 1852 et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

 

Pasteur Pierre-Adrien DUMAS

 

Sources :

  • Musée virtuel du protestantisme
  • CABANEL Patrick et ENCREVÉ André (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français, de 1787 à nos jours, Éditions de Paris – Max Chaleil, Paris, 2022, Tome 3 : H-L, p.271-272.
Au nom du bien commun : Protestants, engagés dans le débat électoral 2027
Au nom du bien commun : Protestants, engagés dans le débat électoral 2027
Questionnaire à l'attention des acteurs territoriaux.
Changements dans l’équipe nationale
Changements dans l’équipe nationale
Plusieurs changements ont eu lieu cet été au sein de l’équipe nationale de l’EPUdF.
Des formations diplômantes en théologie protestante, ouvertes à tous
Des formations diplômantes en théologie protestante, ouvertes à tous
Inscription avant le 15 septembre 2026.
Le ministère de diacre
Le ministère de diacre
Plus d’informations sur le ministère de diacre : ministre du culte et ministre de l’Union, discernés localement et par la commission des ministères, l’expérimentation…
Échos du conseil national – Juin 2026
Échos du conseil national – Juin 2026
Réuni du 19 au 21 juin 2026, voici les points essentiels à retenir pour ce dernier Conseil National.
Nominations et nouveaux ministères à l’EPUdF (2026-2028)
Nominations et nouveaux ministères à l’EPUdF (2026-2028)
Découvrez les nouvelles nominations, l'accompagnement des proposants et l'évolution des ministères au sein de l'Église Protestante Unie de France pour la période 2026-2028.
Reconnaissance et départs à la retraite des pasteurs de l’EPUdF en 2026-2027
Reconnaissance et départs à la retraite des pasteurs de l’EPUdF en 2026-2027
L'Église Protestante Unie de France exprime sa gratitude aux nombreux pasteurs qui font valoir leurs droits à la retraite en 2026 et 2027. Découvrez la liste.
Les échos du Synode national 2026 à Montbéliard
Les échos du Synode national 2026 à Montbéliard
Les essentiels à retenir du Synode national 2026 à Montbéliard, du 14 au 17 mai 2026.
« Une Église qui a des réserves » – Ouverture du Synode national 2026
« Une Église qui a des réserves » – Ouverture du Synode national 2026
Le message de Christian Baccuet, Président du Conseil national de l'EPUdF, lors de l'ouverture du Synode national 2026 à Montbéliard.
Zoom sur le volontariat avec l’Eglise
Zoom sur le volontariat avec l’Eglise
Le volontariat est une expérience très riche pour les jeunes qui s'en saisissent. Plusieurs postes à pourvoir avec le Défap à découvrir.
De l’Absence à la Présence : Le chemin de l’Ascension à la Pentecôte
De l’Absence à la Présence : Le chemin de l’Ascension à la Pentecôte
Quarante jours après la joie de Pâques, nous célébrons l’Ascension, un départ qui, loin d'être un adieu, prépare le souffle de la Pentecôte.
Synode national 2026 à Montbéliard
Synode national 2026 à Montbéliard
Le prochain Synode national de l'Epudf qui se tiendra à Montbéliard du 14 au 17 mai prochain aura pour thème : "Vivre l'Église universelle".

Contact