Cet article interroge l’efficacité de l’Église dans la gestion des conflits en Afrique à partir de deux cadres : le « troisième espace » d’Homi Bhabha et la posture d’Insider-Partial Mediator de Jean-Paul Lederach.
Il part d’un constat : les modèles libéraux de paix échouent car ils ignorent les grammaires profondes du conflit notamment d’identité, foncier, honneur , sacré, etc. tandis que l’Église, présente avant et après les crises, oscille entre prophétie et complicité. L’hypothèse centrale est: l’Église ne réussit ni par sa neutralité ni par sa puissance, mais quand elle assume sa partialité pour construire un espace normatif hybride, entre État et coutume. Pour bâtir ce « troisième espace », l’Église s’appuie sur trois piliers :
- Le mélange des langages : Elle crée un dialogue entre la Bible, la loi et les proverbes locaux pour parler au cœur de chacun.
- Le pouvoir du rituel : Les rituels permettent de guérir la honte et la souffrance, là où la justice classique se contente souvent de juger.
- Une partialité constructive : Les médiateurs ne sont pas neutres, mais ils utilisent leur influence pour appeler leur propre camp au pardon, au nom d’une foi qui dépasse les clans.
L’article identifie également trois risques majeurs : la captation ethno-politique, la perte du langage sacré et la théologie de la paix sans justice. Pour passer de la gestion conjoncturelle à la transformation structurelle, il propose quatre thèses : assumer théologiquement la partialité, former des médiateurs biculturels plutôt que des experts, protéger le rite de la bureaucratie, et articuler l’espace 3 à l’État sans s’y dissoudre. L’Église devient ainsi l’atelier où l’Afrique invente les normes de sa réconciliation.
Sur la base biblique, Genèse 1:1-2 montre l’Esprit de Dieu planant sur le tohu wa-bohu. Cela signifie que le chaos n’est pas définitif. Genèse 1:27 fonde la dignité de Elohim et l’intendance de la terre : on gère, on ne possède pas. Romains 5:8 révèle que Christ meurt pour des ennemis; la réconciliation est un don à annoncer avant d’être une technique. Jean 15:20 avertit que témoigner « au nom de Jésus » attire la persécution, et que seul l’Esprit-Paraclet rend le témoignage crédible.
Cet espace créé par l’Église ne cherche pas à prendre la place de l’État. Son rôle est plutôt de préparer le terrain : il permet de rendre les lois compréhensibles et acceptables en les reliant aux traditions culturelles et aux convictions spirituelles des populations. L’Église devient l’atelier où l’Afrique invente les normes de sa réconciliation, à condition de garder la croix au centre : la paix a déjà coûté un sang, il n’est plus nécessaire de verser celui des bœufs ou des hommes.