Théâtre forum : « Faut qu’on se parle…Et si l’on s’écoutait ? »
Cette année l’équipe de Bible et Rencontres continuant, à sa manière, d’exploiter la salutation bienveillante, le shalom, salam, bonjour ! qu’elle avait voulu apporter à l’ensemble de la cité il y a deux ans, envisage d’aborder la question des préjugés et même, d’une façon plus large, la question de l’acceptation de l’autre dans sa différence. L’an dernier nous nous étions arrêtés sur l’importance du recours à la non-violence dans les relations de la vie quotidienne, avec une exposition de l’association MAN : « La non-violence, une force pour agir ». Dans les débats qui avaient conclu nos rencontres, l’expression d’une impuissance ressentie face à tout ce qui pouvait faire obstacle, au quotidien, à notre démarche volontariste nous conduit, aujourd’hui, à poser la question autrement. Non pas par un recours au silence, comme s’il n’y avait rien d’autre à faire que de prendre acte de se trouver dans une impasse. Mais par un décalage qui ferait qu’avant de prendre la parole on se donnerait le temps de s’écouter, c’est-à-dire de sortir de soi-même, de déposer, ne serait-ce qu’un instant ses propres assurances pour donner la parole à celles et ceux qui nous sont proches, dans le cadre de notre vie courante. A partir de là, sans doute, retrouver ensemble l’usage de la parole, lui accorder toute sa place notamment dans le partage de la vie de chaque jour dont, le plus souvent elle est bannie. L’isolement de plus en plus grand de chacun de nous par rapport à l’environnement quotidien, une fois sorti du cocon familial (quand il existe), rend de plus en plus difficile le contact, la relation, le dialogue. L’agressivité latente susceptible de suivre une absence de compréhension réciproque dans la moindre des relations, quelquefois même un blocage imprévu entrainant un rejet viscéral spontané qui met en opposition immédiate, tout peut concourir à faire de la rencontre improvisée une occasion de conflit.
Et certes, même si le conflit n’est pas fondamentalement à proscrire tant il peut être porteur de vérités, dénonciateur de l’inacceptable, à l’origine de mondes nouveaux, il n’est pas possible qu’il puisse devenir le mode habituel de relations. Dans l’ordre même de la Création voulue par Dieu d’un monde qui réponde à son attente c’est par sa Parole que Dieu, lui-même, intervient faisant du chaos un univers bien structuré où la vie devient possible. La parole est le mode essentiel par lequel Dieu intervient dans le monde. Dans l’enseignement fondamental des références auxquelles les sociétés humaines se rallient l’ouverture à l’autre à toujours été la condition essentielle d’une bonne entente. Le regard, la gestuelle manuelle, finalement la parole en sont, là aussi, les premières manifestations universellement reconnues comme signes possibles de bonne volonté. Faut-il rappeler quelle place tient, dans la petite enfance la découverte de la pratique de la parole dans le développement de la relation affective et l’ouverture à la connaissance de l’environnement ? Et d’ailleurs, dans notre monde d’aujourd’hui, le recours à la parole n’a pas disparu, bien au contraire, mais elle s’est largement complexifiée. La diversité linguistique de notre environnement est devenue d’une grande banalité, la multiplicité des origines géographiques conduisant beaucoup de nos concitoyens à la pratique de deux à trois langues, celle de leur pays d’origine, celle de leur pays d’accueil et, la plupart du temps, celle que leur a imposé leur cheminement dans le monde. Il y a les langues qu’on aime parler et celles qui sont celles de la dépendance.
Dans tout cela alors, comment retrouver le bon usage de la parole ? Y a-t-il une langue commune à inventer qui règlerait tous ces problèmes ? On a à peu près oublié cette tentative utopique que fut l’espéranto. Nous savons tous quelles ont pu être nos propres difficultés à apprendre à nous exprimer convenablement dans notre propre langue maternelle. Y a-t-il dans la diversité des langues comme, d’ailleurs dans la diversité des attitudes humaines une série d’obstacles insurmontables à toute compréhension réciproque ? Ce que nous vivons parfois autour de nous nous amène à ne pas le croire. Il suffit de voir comment peuvent réagir des foules entières à des situations de bonheur ou même de catastrophes (pensons aux derniers jeux olympiques de Paris ou aux épreuves que les Palestiniens ou les Ukrainiens subissent chaque jour) pour se rendre compte de tout ce qui nous rend, à chaque fois, si semblables les uns aux autres. Mais encore faut-il, peut-être, qu’il y ait une parole qui en vienne à donner du sens à tout ce qui est vécu.
En cette période de l’année où nous célébrons la fête chrétienne de la Pentecôte, nous ne pouvons pas ne pas être frappés par la symbolique que représente, dans le texte biblique qui nous sert, en cette occasion, de référence, le fait que, tout à coup, entre un public d’origine internationale et les disciples, tous juifs de Palestine, s’établit une relation linguistique totalement inattendue : « Ils étaient tous dans l’étonnement et la surprise, et ils se disaient les uns aux autres : Voici ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre propre langue maternelle ? » (Actes 2, 7-8).
C’est en marche vers cette écoute authentique les uns des autres que se place aujourd’hui notre attente. Elle passe, techniquement, par le recours à une équipe qui, dans le cadre de l’agglomération, fait de la formation dans le domaine du travail social, et qui nous propose d’animer un débat théâtralisé, improvisé, ouvert tout public sur le thème retenu.
Et cela se passe à Melun, le samedi 6 juin à 15h, en partenariat entre Bible et Rencontres, association de l’Eglise protestante de Melun, la Mosquée de Melun et le groupe Bagan bagaN. Vous êtes cordialement invités !
Jean Boissière, président de Bible et Rencontres