Il fallait braver le froid vif en ce début du mois de janvier pour nous retrouver dès le mardi 06 rue Roquépine pour la première conférence du nouveau cycle proposé par le temple du St-Esprit et l’église de l’Ascension. Nous étions finalement assez nombreux et heureux de nous retrouver pour échanger des salutations et des vœux de bonne année.
Dans une passionnante et savante démonstration, Timothée Gestin a enrichi notre perspective historique du rapport entre foi et travail en analysant comment, chez les réformateurs Martin Luther et Philippe Mélanchton, la vocation prend en charge le sens du travail. Il a ainsi relaté comment ces deux théologiens – en affirmant la primauté du salut donné par Dieu à l’ensemble de son peuple, sans distinction de dignité – ont démontré que la vocation, corollaire du sens au travail et à l’accomplissement personnel, autrefois réservée aux clercs et moines, peut s’étendre à tous, quelle que soit sa fonction dans la société des hommes. Point n’est donc besoin pour chacun de justifier sa place dans le monde par ses propres mérites, à travers des actes extraordinaires, mais plutôt d’envisager comment, à l’image de Dieu, se mettre au service des autres dans ses activités. L’appui sur le commandement biblique « Tu honoreras ton père et ta mère » propose ainsi une posture d’obéissance et de devoir dans le travail, un sens par la réalisation correcte de ses tâches et, par-là, dépasse le simple accomplissement personnel.
La deuxième rencontre a permis d’adopter le point de vue de celui ou celle qui travaille pour examiner le souci d’équilibre entre vie professionnelle et spiritualité. L’insertion de la prière dans notre vie quotidienne est une ressource pour résister à l’emballement toujours plus grand des cadences et du rythme d’une société de plus en plus exigeante. Un éclairage sur le commandement « Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier » a permis de concevoir une limite au travail car le souverain, c’est Dieu lui-même. La prière est ainsi un lieu de conversion pour se recentrer, tenir dans l’épreuve et goûter à la liberté que Dieu donne. Cela passe par la recherche et l’adoption d’un rythme, d’un type de prière, d’une fréquentation et d’une méditation régulière des Ecritures bibliques ; l’enjeu étant de retrouver un repos qui donne de la joie.
La troisième et dernière rencontre de ce cycle était l’occasion d’entendre le professeur Frédéric Rognon exposer la pensée de Jacques Ellul sur notre rapport au travail et sa place dans notre vie de tous les jours. Après avoir montré comment paradoxalement, nous avons « sacralisé » le travail, nous avons reparcouru le livre de la Genèse et celui de Qohéleth pour découvrir comment le travail devient signifiant lorsqu’il est accueilli comme don de Dieu. Nous sommes revenus sur le commandement biblique de respecter le sabbat comme repos, comme suspension du travail pour nous rappeler que le travail n’est pas le tout de notre vie. Grand travailleur, Jacques Ellul était aussi intellectuel que manuel et gardait du temps pour la rencontre et l’écoute de l’autre. Ce quatrième cycle a réuni à chaque conférence une trentaine d’auditeurs et nous remercions vivement toutes les personnes qui se sont engagées dans l’accueil et la préparation d’un buffet convivial, beau et généreux qui a permis de prolonger les échanges et mieux faire connaissance entre nous.