Au fin fond de la campagne briarde, sur la route entre Coulommiers et Rebais, il existe un hameau unique en Île-de-France : Mazagran.
Ce nom est hérité d’un gars du pays ayant pris part au célèbre siège de la ville du même nom lors de la conquête de l’Algérie en 1840. Pour tout un chacun, ce nom est resté associé à des tasses sans anses aujourd’hui démodées. Mais dans l’histoire du protestantisme, il sonne comme un lieu atypique.
La Réforme s’est installée en Brie au cours des années 1520 grâce au Cénacle de Meaux. Les paysans du plateau entre les deux Morin constituèrent une communauté protégée par le seigneur local au château de Chalendos. Traversant les persécutions et le Désert, cette communauté briarde éleva son temple en 1819 à l’emplacement d’un bâtiment agricole devenu bien national.
Ce temple menaçant ruine, un nouveau est élevé un peu plus loin en 1859. D’un plan rectangulaire avec un chevet, il est d’une simplicité type et ne doit son charme qu’à son petit clocheton surmonté d’un coq. Il n’aurait en réalité guère d’intérêt s’il n’était pas entouré de tout un ensemble paroissial.
Car dès 1846, une école est bâtie pour instruire tous les enfants protestants de la commune de Saint-Denis-lès-Rebais et des environs (Doue, Chauffry, Rebais…). L’enseignement y devient laïque avec les lois Ferry et elle ne ferme ses portes qu’en 1953.
Face à l’école, le presbytère. Une très grande maison bourgeoise en pierres meulières édifiée en 1910 sous le ministère du pasteur Jules Pinhède. Sur sa façade une devise est inscrite : Prie, travaille, espère. Le poste pastoral de Mazagran est supprimé en 1951, le presbytère vendu en 1962 pour permettre la construction d’un temple à Coulommiers, inauguré en 1966.
A côté du presbytère, une vaste salle porte le nom de ce pasteur Pinhède qui marqua tant la mémoire de ce lieu et qui mourut à l’âge de 36 ans à Verdun en 1916. Il avait fait aussi bâtir cette salle pour y réunir toute la jeunesse autour de la gymnastique, de la lecture avec une riche bibliothèque paroissiale, des Unions Chrétiennes de Jeunes Filles, des ventes de charité et des représentations théâtrales.
Enfin, à l’emplacement du premier temple, le cimetière qui est l’unique cimetière protestant d’Île-de-France où nous retrouvons des sépultures simples mais typiquement réformées avec une formidable collection de versets bibliques comme épitaphes.
Ce patrimoine unique a été mis en valeur durant trois semaines à l’occasion d’une grande exposition organisée conjointement par l’Église Protestante Unie de Nanteuil-lès-Meaux et Coulommiers et le Musée départemental de Seine-et-Marne basé à Saint-Cyr-sur-Morin. L’objectif de cet événement : faire connaître au plus grand nombre ce lieu emblématique et le protestantisme. Mais aussi se replonger dans ce qui faisait la vie quotidienne de cette communauté protestante avant la guerre de 14.
Grâce au recensement de population de 1851 (le seul qui a recensé la religion des Français) de précieuses statistiques ont pu être établies montrant que si l’agriculture était le principale activité de ces briards, les protestants étaient plus nombreux que leurs voisins à exercer le métier de tisserands. Tout cela est illustré par de nombreux prêts d’outils, de maquettes, d’objets provenant des collections publiques du Musée mais aussi des archives paroissiales et surtout des familles qui ont ouvert leurs greniers pour nous dévoiler, entre autres, une splendide collection de bonnets en dentelle, une robe de communiante du début du siècle, des documents de famille, etc.
Cette exposition a reçu un accueil très chaleureux d’un public nombreux et varié. Elle peut être prêtée largement car comme chacun sait, un exemple local peut illustrer une vérité générale. Car si l’exemple de Mazagran est unique, il est le symbole d’une large facette du protestantisme : éclairé, solidaire, ouvert.
Pasteur Pierre-Adrien DUMAS