» Ce qui importe, c’est que Dieu parle au présent à chaque époque. Le texte, donc, me porte vers un nouveau sens et m’exhorte à créer un nouvel évènement de la Parole. Ce qui importe, c’est d’aller au sens nouveau, qui seul assure la continuité de l’ancien. »
France Quéré L’éthique et la vie
Ces mots expriment bien le souci de retrouver « le caractère évènementiel de l’Évangile, avec son pouvoir de convertir l’homme et changer l’Histoire ». Il faut chercher les signes d’une rupture. La foi est toujours un combat.
Figure singulière du protestantisme, éloignée des institutions, n’ayant pas de poste universitaire, elle occupe pourtant une place éminente, comme le montre sa nomination en 1983 au comité consultatif national d’éthique (CCNE), poste qu’elle occupera jusqu’à sa mort, inspirée par le souci de penser avec le vécu des personnes, le concret de la vie, soucieuse des évolutions du monde, participant à la réflexion éthique de son époque sur le féminisme la bioéthique, l’évolution de la famille. Elle a publié une vingtaine d’ouvrages, donné de très nombreuses conférences et plus de mille articles dans des revues catholiques ou protestantes.
Après des études de lettres classiques et de théologie à la faculté de Montpellier, elle commence ses travaux par des traductions des Pères de l’Église, qui pour elle sont les premiers à rendre compte du Dieu vivant et ont prêché un Dieu d’amour. Caroline Bauer parle des « idiomatismes » de France Quéré, une lecture éloignée de la dogmatique qui fige.
Son premier ouvrage en 1972, « Dénuement de l’espérance » exprime que la foi pour elle est un rapport à la vérité (Référence à Levinas) : l’homme est un être de liberté et de responsabilité.
Elle défend l’amour comme attention bienveillante à autrui (éthique aimante), la valeur inaliénable de l’autre, qui est plus grand que moi et me constitue comme sujet. La rencontre de l’autre est une transcendance.
Sur la question du féminisme, elle pouvait défendre le mariage contre l’union libre. La femme est la personne qui accueille la vie. La famille est le lieu d’apprentissage de la vie en commun. Elle ne se dira jamais féministe mais elle écrivait en femme, sensible aux questions de bioéthique et de neurosciences, elle considère que chacun est détenteur d’une dignité propre.
France Quéré exprime à la fois une attention profonde à la souffrance et un ardent amour de la vie qu’elle célèbre toujours dans une langue superbe.
Dans une de ses chroniques réunies en un volume sous le titre « Le sel et le vent » et paru peu après sa disparition, France Quéré parle des « sommations du bonheur », de la joie d’être au monde et de l’exprimer. Comme le dit P. Ricoeur dans sa préface au recueil, « France Quéré pouvait jouer sur plusieurs tons, celui de la gravité méditative, celui de la prose poétique, voire celui de l’espièglerie moqueuse ». C’est un hymne à la vie que chante France Quéré. Dans Le sel et le vent, elle exprime superbement l’importance de la musique dans sa vie : » La musique est religion. Elle nous élève au-dessus de nous-mêmes, jusqu’au ciel étoilé de la foi…Librement s’élancent les arcs et les colonnes de nos attentes enfin révélées. Nous voilà cathédrales. »
Cette remarquable conférence accueillait aussi Yves Quéré, son mari, dont Caroline Bauer a sollicité le témoignage très émouvant, pour rendre hommage à cette personnalité exceptionnelle et prolonger sa présence parmi nous.
Michel Delmas