Dans ces moments d’incertitude, la Parole de Dieu nous offre un espace pour entendre une parole autre, qui nous sort du cycle infernal des inquiétudes, des peurs et des certitudes destructrices.
Pourtant, choisir la vie ne résout pas tout. Nous sommes souvent paralysés par un sentiment d’impuissance. Même si nous décidons de choisir la vie à titre personnel, que pouvons-nous faire face à des forces bien plus puissantes que nous ? États, politiques, financiers, grands groupes : leurs choix influencent nos vies, et nous avons l’impression d’être réduits à des spectateurs impuissants.
Seul un regard extérieur au monde pourrait nous aider à voir clair. L’apôtre Paul nous rappelle que « la faiblesse de Dieu est plus forte que la force des hommes, et la folie de Dieu plus sage que la sagesse humaine » (1 Co 1,25). Cette « folie », c’est celle de la Croix. C’est aussi celle de l’incarnation : ce Dieu souverain, étranger à notre monde déchu, a choisi d’entrer dans notre chaos pour nous offrir un chemin vers la vie.
La question devient alors : à qui faisons-nous confiance ? Dans ce brouhaha, quelle parole nous semblera digne de retenir notre attention ? Parce que, comme le dit Simone Weil, « l’attention est l’élixir de la transformation. »
C’est ici que se joue une bataille cruciale : celle de notre attention. Dans un monde saturé d’images, de notifications, de discours, nous sommes constamment sollicités, souvent au détriment de l’essentiel. Ce déferlement nous plonge soit dans une dissipation abrutissante, soit dans un cynisme désabusé. « Quand c’est gratuit, c’est vous le produit, » disent les spécialistes des données et des médias. Nous devons reconquérir notre attention pour devenir plus attentifs les uns aux autres et au monde qui nous entoure.
Pour cela, nous avons besoin de silence. Nos cultes et nos pratiques spirituelles devraient être des espaces où le brouhaha ambiant s’apaise, où la voix de Dieu peut être entendue. Ce silence est une invitation à se tenir « devant Dieu », comme le disait Luther : Coram Deo. C’est là, dans ce calme retrouvé, que nous pouvons discerner l’essentiel, ce qui donne de la valeur à la vie et du sens à nos engagements.
Mais le silence seul ne suffit pas. Être attentif demande une disponibilité intérieure, une capacité à accueillir ce qui advient sans peur ni fuite. Jésus appelait le jeune homme riche à vendre tout ce qu’il possédait. De la même manière, être disponible pour Dieu demande de se dépouiller de ce qui nous encombre – nos richesses, nos inquiétudes, nos certitudes – et de faire confiance. Faire confiance que Dieu nous donnera les moyens d’avancer, même quand nous ne voyons pas encore clairement la route.
Cette disponibilité, c’est aussi un « oui » fondamental à la vie. Un oui qui accepte nos limites, nos failles, mais qui ose quand même avancer. « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 Sam 3,10). C’est dans cet état de disponibilité que nous pouvons construire une relation authentique avec Dieu et avec les autres.
Et c’est là le troisième sens de l’attention dans le sens de faire attention les uns aux autres en prenant soin de la qualité de nos relations. Dans un monde qui réduit souvent l’humain à des chiffres ou des produits, notre foi nous rappelle cette vérité essentielle : « Tu as du prix à mes yeux, tu as de la valeur et je t’aime. » (Es 43,4)
C’est cet amour qui nous pousse à nous engager pour les autres, au-delà de notre communauté de foi. Dieu aime le monde comme dit Jn 3,16 ? Nous aussi !
Aimer le monde, c’est refuser de nous désengager. Même face à une société qui voudrait parfois nous reléguer au domaine privé au nom d’une laïcité mal digérée, nous avons une responsabilité envers ce monde que Dieu aime. Cette laïcité, si elle est mal comprise, tente d’exclure les croyants de l’espace public, comme si leur foi les discréditait d’office. Mais nous savons que la foi n’est pas une menace : elle peut être une source de dialogue, de paix et d’engagement.
Finalement, la question essentielle pourrait être : qu’est-ce que l’amour veut ? Cet amour ne se satisfait pas d’indignations passagères ou de discours creux. Il nous invite à une compassion authentique, celle qui nous pousse à sentir de l’intérieur la souffrance de l’autre et à agir pour rendre ce monde un peu moins sauvage, un peu plus humain.
Pasteur Samuel AMEDRO
Choisir la vie, c’est donc choisir l’amour. Un amour qui écoute, qui agit, et qui transforme. Un amour qui nous rappelle que même au cœur du chaos, Dieu est encore à l’œuvre, et avec Lui, rien n’est impossible.