Il y a dans l’Évangile des textes qui décrivent la mission avant même qu’elle commence : les soixante-douze sont envoyés deux par deux, munis d’une salutation de paix. C’est à partir de Luc 10 qu’Annette Preyer a ouvert la journée. Une paix que l’envoyé ne possède pas et ne distribue pas, mais qu’il remet — ce qui change tout à la posture. Prolongeant cette lecture par une réflexion éco-spirituelle sur la conversion intérieure — la captation du désir par le marché, la nécessité d’un changement de paradigme et non seulement de gestes —, la méditation a planté la tonalité d’une journée attentive à ce qui se passe vraiment dans nos Églises et dans le monde qu’elles habitent.
La vie des Églises : entre signes positifs et situations tendues
Le tour de table a fait remonter plusieurs réalités ecclésiales, certaines encourageantes, d’autres qui appellent vigilance et accompagnement. Quelques églises locales traversent des difficultés qui sont suivies au plus près par le Conseil régional. Par-delà les situations particulières, on peut relever deux préoccupations inquiétantes.
L’aumônerie en manque de relais. Le besoin d’aumôniers en région parisienne — prisons, hôpitaux, milieu militaire — est considérable. La surpopulation carcérale (environ 90 000 détenus pour 60 000 places) rend la situation très lourde dans les établissements. Il manque une vingtaine d’aumôniers protestants dans la région. Le lien entre les paroisses et les aumôneries est jugé trop faible. Une liturgie de reconnaissance de ministère pour les nouveaux aumôniers est en préparation. La demande portée au Conseil est directe : que les Églises locales se saisissent davantage de cet enjeu.
La liberté de culte en question à Mazagran. Un quart d’heure avant un culte de consistoire (Ascension), la maire nouvellement élue de Nanteuil-lès-Meaux a tenté d’en empêcher la tenue, au motif que le lieu ne serait pas sécurisé — en l’absence de toute décision du conseil municipal, arrêté ou visite de commission de sécurité. La paroisse dispose pourtant d’une expertise d’architecte attestant de l’utilisabilité du lieu, sous réserve de travaux identifiés. Des courriers fermes sur le fond (liberté de culte) et mesurés sur la forme ont été adressés au maire et au préfet. La situation est suivie.
ACREPUF : comptes approuvés et cap à 2 millions pour Étampes
L’assemblée générale ordinaire de l’ACREPUF-RP a été tenue en cours de séance. Les comptes de l’exercice 2025, soldés par un excédent de 79 660,69 € (lié principalement aux plus-values immobilières), ont été approuvés à l’unanimité. Le quitus a été donné au comité directeur. L’excédent est affecté au report à nouveau.
Parmi les événements marquants de l’exercice : la vente du studio de Sarcelles (près de 65 000 €, plus-value d’environ 30 000 €), l’extinction de l’emprunt adossé au terrain de Saint-Quentin-en-Yvelines, et les opérations immobilières de Lagny-Chelles-Marne-la-Vallée (vente du presbytère de Lagny à 475 000 €, achat d’un presbytère à Chelles, deux subventions régionales pour un total de 61 500 €).
Le projet de temple d’Étampes franchit une étape décisive. L’achat du terrain est autorisé jusqu’à 95 000 € . Le budget prévisionnel global du projet est arrêté à 2 millions d’euros, incluant les travaux de construction (≈ 1,6 M€ TTC avec honoraires et réserves pour aléas) et l’achat éventuel d’un presbytère (≈ 300 000 €). Le plan de financement a été adopté.
Finances paroissiales : contributions 2027 et dossiers FLAM
La répartition des contributions 2027 des 69 Églises locales a été validée. Le Conseil ne dispose que d’un pouvoir de proposition : c’est à chaque Église locale d’accepter ou de négocier la cible.
Trois dossiers de financement ont été examinés. Le Conseil a arbitré au cas par cas, en faisant valoir la pertinence missionnaire des projets.
- Boulogne : subvention du fonds « Choisir de Grandir » jusqu’à 511,68 € pour la fabrication de t-shirts dans le cadre d’une opération d’évangélisation (course « La Source » au bois de Boulogne), déduction faite des dons recueillis par la paroisse.
- Enghien : transmission d’une demande FLAM pour l’équipement audiovisuel des nouvelles salles paroissiales , à hauteur de 15 000 € (augmentés le cas échéant de 4 000 € pour la retransmission). Aucun financement régional n’est sollicité.
- Asnières-Bois-Colombes : soutien accordé au dossier d’accompagnement stratégique par un cabinet de conseil (45 000 € sur trois ans) — subvention régionale de 6 000 € et transmission à FLAM pour 19 000 €
Retour du Synode national : un diagnostic partagé, des incidences régionales
Les délégués ont rendu un compte-rendu nuancé du Synode national de Montbéliard. La qualité de la modération — rigueur, souci de faire décider l’assemblée de tout — a été unanimement saluée. Sur le fond, un constat s’est dégagé : atonie de la première journée (vie nationale), rapport du Conseil national accueilli dans un grand silence, comptes déficitaires votés sans observation. Plus profondément reste une question : quelpilotage stratégique ? Comment les questions financières sont-elles articulées à une vision stratégique ?
Sur l’Église universelle, la décision finale adresse explicitement aux conseils régionaux deux demandes : inscrire chaque année au synode régional un temps permettant aux Églises locales de partager leurs réalités autour de l’ouverture au monde (entraide, œcuménisme, écologie, interculturalité, jeunesse) ; et faciliter la remontée d’informations pour « polliniser » les Églises voisines. Le Conseil national est appelé à mener une réflexion sur la réorganisation des relations internationales (DEFAP, CEVAA), avec évaluation et propositions soumises aux synodes régionaux avant décision — un horizon d’environ un an.
L’arbre : la vision régionale trouve son image
C’est le moment fort de la journée. Le président a présenté un visuel de synthèse — un arbre — élaboré à partir du travail des derniers mois. Les racines : des fondements bibliques. Le tronc : trois ressources transversales issues du Synode — jeunesse, interculturalité, communication. Les deux branches : accompagner les membres de l’Église (être accueilli, être engagé, être envoyé) et diversifier les formes de vie d’Église. Trois idées-forces : renforcer les consistoires pour aider à mutualiser ; aider les Églises locales à formuler une vision spirituelle plutôt qu’une liste de activités ; favoriser les lieux innovants et émergents. Deux forces antagonistes qui attaquent l’arbre : l’esprit de propriété et l’esprit de survie. Des fruits attendus : formes d’Église plus diverses, dynamique missionnaire renouvelée, communautés vivantes, membres mieux accompagnés. Et au sommet : la vision — sortir de l’esprit de propriété et de survie pour s’ouvrir à un esprit missionnel.
Le Conseil a reconnu dans ce visuel une restitution fidèle du travail mené et l’a adopté comme feuille de route pour son action propre — utile pour expliquer en peu de temps où l’on veut aller.
WE du Conseil Régional à Fontainebleau : quatre chantiers, un objectif commun
Le week-end du Conseil régional se tiendra à Fontainebleau les 3 et 4 juillet. L’objectif est explicite : passer de la vision aux actions concrètes que le Conseil conduira dans les trois ans. Quatre groupes préparatoires ont restitué leurs travaux.
Renforcer les consistoires. Le consistoire fonctionne surtout pour la gestion des vacances pastorales, peu au-delà. Des pistes : en faire un lieu d’événements, de formation, de dynamisation de la jeunesse, d’entraide, d’échanges entre conseillers, présidents et trésoriers. Encourager d’abord les consistoires volontaires, pour un effet d’entraînement. La question posée pour le week-end : que va faire concrètement le Conseil régional pour activer les consistoires qui ne fonctionnent pas — sans se substituer à leurs choix de contenu ?
Aider les Églises locales à formuler une vision. Des outils existent — auto-diagnostic (type SWOT), « former une Église de témoins ensemble », retraites de conseils presbytéraux, intervenants extérieurs. L’enjeu : aider les communautés qui n’ont pas de vision sans le savoir, et sortir de la double impasse de la routine et de la simple « liste d’activités ».
Favoriser les lieux innovants et émergents. Repérer ce qui existe, écouter et se mettre au service, pour que ces lieux se sentent soutenus plutôt que suspectés.
Former et accompagner les membres (accueilli – engagé – envoyé). Il est proposé d’entendre durant le week-end l’expérience d’un membre ayant exercé dans une Église de croissance — sa stratégie d’engagement par essais et erreurs — puis de travailler avec le service formation sur l’accompagnement de ce passage.
Décisions diverses
Évaluations sexennales. Tous les pasteurs sont évalués au cours de leur 6e année de ministère. L’année 2026-2027 verra cinq évaluations à conduire avant le 31 décembre.
Nomination. Le Conseil régional a nommé le pasteur Michel Block sur le poste de Saint-Germain-en-Laye au 1er juillet 2026.
Vacances de postes. Champigny (vacance au 1er juillet 2027, pourvoi possible dès cette date sans année de vacance pour favoriser une Eglise locale en plein essor missionnaire) ; Aubervilliers (vacance au 1er juillet 2026, pourvoi possible au 1er juillet 2027) ; Enghien-les-Bains (même calendrier). 11 pasteurs référents ont accepté l’appel du Conseil régional pour accompagner les 11 paroisses vacantes en 2026-2027 : Dreux, Château-Thierry, Port-Royal Quartier Latin, Choisy-le-Roi, Chartres, Auxerre, Saint-Quentin-en-Yvelines, Paris-Béthanie, Aubervilliers et Saint-Maur.
Le Synode régional 2026 (20-22 novembre) se prépare. L’Équipe de modération est confirmée, les rapporteurs ont été désignés ainsi que l’aumônier du Synode… Remplacement de Gaëlle Couvez au Conseil régional. À la suite de sa nomination comme salariée chargée de mission régionale, le siège est ouvert. Après vote à bulletin secret, le CR a appelé un suppléant à siéger en son sein.
Délégation au Forum du DEFAP (octobre 2026, thème : interculturalité) : Hanta Rajaona, Hervé Kouamouo et Rodolphe Gozegba.
Concile provincial catholique. L’Église catholique romaine a invité l’EPUdF à participer à ses travaux sur le catéchuménat et l’accueil des nouveaux. Caroline Bretones, du service formation, est désignée avec mission de restituer au Conseil le contenu des travaux.
Cap sur le 3 juillet
Cette séance du 30 mai a traité une quantité considérable de dossiers — finances, immobilier, nominations, situations locales, Synode national, vision. Mais la cohérence tient à un seul mot : la vision régionale qui prendra corps lors du week-end du conseil régional qui se tiendra à Fontainebleau. Rendez-vous les 3 et 4 juillet pour transformer tout cela en décisions opérationnelles. Et en novembre, le Synode régional — dont les contours se dessinent séance après séance.
Prochain rendez-vous : retraite du Conseil régional à Fontainebleau, 3 et 4 juillet 2026. Synode régional, 20-22 novembre 2026.