Pour son dernier cycle de conférences, l’association Études et Recherche d’Auteuil avait choisi un thème particulièrement actuel : l’intelligence artificielle (IA). Omniprésente dans les médias, elle suscite fascination autant qu’inquiétude. Ces rencontres ont permis de prendre du recul et de mieux comprendre les enjeux de cette véritable révolution technologique.
Une discipline scientifique avant tout
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, l’intelligence artificielle n’est pas une « intelligence » comparable à la nôtre. Il s’agit d’abord d’une discipline scientifique, fondée principalement sur les mathématiques.
Née en 1956, l’IA a d’abord progressé lentement, avec des systèmes programmés par des humains. Son essor spectaculaire date des années 2000, grâce à trois facteurs clés : le développement d’internet, la puissance des processeurs (notamment les GPU) et l’émergence des réseaux de neurones artificiels.
Ces avancées ont conduit à l’apparition de l’IA générative et des agents conversationnels comme ChatGPT, lancé en 2022. Contrairement à une idée répandue, on ne « discute » pas vraiment avec ces outils : on leur adresse une requête, et ils produisent la réponse la plus probable à partir des données sur lesquelles ils ont été entraînés.
Ce fonctionnement reste en partie incompris. Il nécessite par ailleurs des quantités considérables de données et d’énergie, ce qui pose des problèmes environnementaux.
Des applications déjà bien présentes
Les applications de l’IA sont nombreuses et transforment déjà notre quotidien.
Dans le domaine de la santé, elle excelle dans l’analyse d’images médicales, le traitement de données biologiques ou la gestion des dossiers patients. La robotique permet même des gestes chirurgicaux d’une précision inédite. Elle ouvre des perspectives impressionnantes, par exemple pour les personnes équipées de neuroprothèses, en améliorant la précision des mouvements. Mais ces avancées posent aussi question : la relation entre le médecin et le patient évolue, avec le risque de réduire la personne à un ensemble de données. Pour autant, la responsabilité médicale, elle, demeure pleinement engagée.
Dans les sciences du climat, elle contribue à affiner les prévisions, qu’il s’agisse de la météo à court terme ou des évolutions climatiques à long terme, en croisant de nombreuses sources de données (satellites, radars, modèles physiques…).
Dans le domaine de l’éducation, la question est double : il faut former les jeunes à utiliser l’IA, leur en montrer les limites, la confiance qu’on peut en avoir. L’IA peut aussi être utile pour aider les élèves à apprendre. Mais la question du devoir à la maison se pose : l’enseignant ne peut pas interdire aux élèves d’utiliser ChatGPT mais il peut demander que le devoir soit écrit à la main ! Enfin, les méthodes d’apprentissage sans IA sont indispensables pour la mémorisation et le développement du cerveau des jeunes.
Une réflexion éthique indispensable
Face à ces évolutions, la question éthique est centrale. L’éthique n’est ni une loi, ni un règlement, ni une norme, ni une déontologie. C’est une réflexion personnelle ou collective, une démarche en vue d’agir au mieux, de déterminer la décision ou l’action la plus juste. Elle est toujours en mouvement.
L’usage des agents conversationnels soulève plusieurs interrogations : les données saisies peuvent être exploitées, certaines réponses peuvent reprendre des contenus sans autorisation, et surtout, la qualité de rédaction peut donner une impression de vérité, même lorsque l’information est inexacte.
Il est donc essentiel de s’interroger avant d’utiliser ces outils : en ai-je réellement besoin ? Est-ce pour gagner du temps, ou simplement par effet de mode ? Quelles peuvent être les conséquences sur ma manière de penser, sur notre société, ou encore sur l’environnement ?
L’intelligence artificielle n’est ni une solution miracle, ni une menace à elle seule. Elle est un outil puissant, qui appelle à la fois compréhension, vigilance et responsabilité.
Françoise LAFONT,
Etudes et Recherche d’Auteuil