Synode 2024 : Et maintenant, tout reste à faire !

Dimanche 17 novembre, à Dourdan, une marée de cartons rouges, tendus vers le ciel… Pour certains, c’est mauvais signe, voire même une catastrophe. La plupart du temps, brandir un carton rouge signifie une faute, une exclusion voire même la fin d’une partie. Au Synode EPUdF de la Région parisienne, c’est tout le contraire.

 

 

En levant leur badge rouge, les délégués synodaux ont affirmé, à la quasi unanimité (123 voix pour et 1 voix contre), leur adhésion au texte proposé par les rapporteurs puis co-construit et enrichi par les ateliers et les débats. Retour sur un Synode qui marque, certes, l’aboutissement du sondage “L’Eglise et nous” mais surtout le début de nombreux chantiers.

Étape 1 : construire le questionnaire

En posant, il y a plus d’un an, une simple question au Conseil régional, Constance Wiblé, membre du groupe de travail “communication” de la région ne pensait pas se retrouver, avec les rapporteurs, sur l’estrade au Synode de l’EPUdF région parisienne au mois de novembre 2024. “Lorsque le Conseil régional m’a demandé de me pencher sur la stratégie de communication de la région, je l’ai fait avec plaisir. Afin de proposer des pistes pertinentes, je les ai interrogés sur l’historique des études, sondages et enquêtes qu’ils auraient pu faire dans les dernières années”, se remémore Constance. “Nous sommes continuellement piégés par nos biais, nos idées préconçues et notre propre expérience, je me suis dit que ce serait intéressant que nous puissions faire un pas de recul et essayer de limiter les effets de ces biais.” Convaincu de la nécessité de se livrer à cet exercice, le Conseil régional a entamé une large consultation auprès des pasteur(e)s, des présidents et présidentes des conseils presbytéraux mais aussi des délégués synodaux. “Une telle démarche n’avait jamais été faite dans la Région, nous avons pris le temps d’échanger avec de nombreuses personnes pour être sûrs que nous allions dans la bonne direction”, précise Samuel Amedro, président du Conseil régional. 

 

Une fois tous les feux au vert, une équipe de travail se constitue au printemps pour travailler avec Constance : le pasteur Marc de Bonnechose, informateur régional, Tristan Chaffort, consultant en stratégie de communication, Nicolas André, directeur marketing, Didier Acket, vice-président du Conseil régional et Emile Barbu, responsable communication de l’EPUdF Région parisienne. Très rapidement, l’équipe constate ses limites en matière de sondage. “Après 2 réunions, nous nous sommes rendus à l’évidence. Un tel travail nécessite l’aide d’un expert en la matière. Un institut spécialisé dans les sondages et enquêtes d’opinion, analyse Didier Acket. “Nous nous sommes adressés à l’institut Occurrence, qui fait partie du groupe Ifop. Avec eux, nous avons élaboré le questionnaire. Nous avons eu d’intenses débats et de nombreuses questions. L’accompagnement par Occurrence a été capital pour avoir une enquête qui puisse nous apporter une réelle aide dans nos décisions.

Etape 2 : Envoyer le sondage aux protestants

Une fois le questionnaire écrit, partagé, testé, modifié, consolidé et finalisé, vient l’heure du “terrain”. “La question de l’adressage du questionnaire a été tranchée dès le début. Nous allions passer essentiellement par les paroisses”, précise Emile Barbu. “Ainsi, le terrain, c’est -à -dire le moment où le questionnaire est envoyé, a eu lieu grâce à la parfaite réactivité des Églises locales. Nous avons eu plus de 3200 réponses via les newsletters des paroisses mais aussi les réseaux sociaux de la Région. C’est un excellent retour.

 

Alors bien-sûr, une enquête reste une enquête, qui plus est lorsqu’elle est auto-administrée (les personnes sondées ont la possibilité de répondre en toute autonomie aux questions posées. L’enquêteur est ici exclu du processus de recueil de données). Le sondage “L’Eglise et nous” n’est pas une image parfaite des attentes et pratiques des protestants de la région. Mais c’est probablement une vision plus proche de la réalité que nos propres perceptions. “Avec un matériau comme celui-ci, nous avons un début de réalité” analyse Constance WIblé. “Il nous permet de dégager des grandes tendances, des pistes à creuser. Ce n’est que le début de nombreux chantiers.”

 

Autre effet de ce sondage de grande ampleur : l’introspection et le dialogue avec ses proches. “Beaucoup de gens m’ont dit que ce sondage leur avait permis de se poser des vraies questions, autour de la foi, mais aussi du don et du mode de gouvernance de l’Eglise” raconte Constance. “J’ai été très touchée par ce témoignage d’une paroissienne qui avait aidé sa mère de 95 ans à répondre à l’étude et qu’elles avaient eu une discussion très intime et profonde. C’est ce que j’appelle l’effet performatif de l’outil.”

Étape 3 : Bâtir un rapport pour le Synode

Fin des premières étapes, le plus dur reste à faire… Une nouvelle équipe est constituée. Constance et Emile assurent le tuilage entre les deux équipes. Deux pasteurs : Amos Ngoua Mouri, de Clamart, Issy-les-Moulineaux et Meudon-la-Forêt et Pierre-Adrien Dumas, de Nanteuil-lès-Meaux et Coulommiers, une historienne, Valentine Zuber et une sociologue, Anne-Laure Zwilling composent, avec Constance, l’équipe des rapporteurs.

 

Que faire de cette masse de données ? Comment choisir un fil à tirer ? Comment raisonner pour être le plus fidèle possible à la photographie que nous offre l’étude ? Pendant plusieurs mois, les rapporteurs se sont plongés dans les camemberts et autres graphiques. On croise les données, on calcule les groupes, on révise ses pourcentages… puis on laisse reposer quelques jours… avant de s’y remettre. “Le fait d’avoir une équipe pluri-disciplinaire a été un vrai atout. Nous nous sommes parfaitement complétés, encouragés, le tout dans une très bonne entente” raconte le pasteur Pierre-Adrien Dumas. “Après avoir fait l’analyse par nous-mêmes, nous nous sommes enrichis du travail de l’institut de sondage qui a fourni une analyse “de l’extérieur” sans connaître notre Église “de l’intérieur”.

 

Vient ensuite le moment d’organiser tout cela. Le groupe de rapporteurs doit alors faire un choix. Impossible de mobiliser tous les enseignements de l’étude, il faudra en laisser pour les prochaines fois ! Objectif : proposer au Synode un texte en mode “briques à casser” afin d’avoir une base pour co-construire une résolution synodale partagée par tous et toutes. 

 

“Nous avons proposé une mise en perspective autour de “nos atouts, nos axes d’amélioration, la jeunesse et la communication”, témoigne le pasteur Amos Ngoua Mouri. “Nous pensions que cela permettrait aux synodaux d’alimenter les temps d’ateliers et les débats. Il fallait que nous puissions recueillir leurs ressentis, leurs envies et leur compréhension de cette étude. Et ce fut le cas.”

 

A la manière d’une conclusion provisoire, le Synode, en votant à une quasi unanimité le texte final, a entendu les attentes et les pratiques des 3208 personnes qui ont répondu au sondage. Provisoire, car tout reste à faire. “Cette résolution donne, en quelque sorte, une feuille de route au Conseil régional renouvelé en partie à l’issue du Synode” explique Samuel Amédro. “Nous allons nous appuyer sur toute cette matière pendant les années à venir et peut-être, dans quelques années, refaire le sondage pour voir si nos actions ont été efficaces !”

 

Clap de fin d’une première étape donc, matérialisé par les badges rouges des délégués au Synode et début de nombreux chantiers à venir.

 

Lire la résolution finale votée par le Synode

 

Les Rapporteurs

Contact