Gaëlle, peux-tu nous dire quelques mots sur toi ?
Je suis protestante depuis toujours, issue d’une famille profondément ancrée dans cette tradition. J’ai grandi dans une culture d’Église où l’on allait au culte chaque dimanche. Mais c’est vraiment à Saint-Quentin-en-Yvelines, dans ma paroisse actuelle, que je me suis engagée. Un jour, un catéchète a lancé un appel à l’aide en fin de séance, et sans trop savoir pourquoi, j’ai levé la main. Je ne savais pas que je venais de mettre le doigt dans un engrenage ! Depuis, je n’ai jamais décroché : catéchèse, conseil presbytéral, groupe de jeunes, prières de Taizé… et désormais le SRJ.
Concrètement, à quoi sert un Service Régional Jeunesse ? Pourquoi ne pas simplement laisser chaque paroisse gérer ses jeunes ?
C’est justement parce que beaucoup de paroisses n’ont pas de jeunes – ou alors très peu – que le SRJ est indispensable. Il a été créé pour permettre aux jeunes de se rencontrer au-delà du local, de vivre des temps forts, de découvrir qu’ils ne sont pas seuls à croire, à chercher, à douter ou à s’engager. C’est une réponse à un vrai besoin : créer une dynamique commune dans une région où les paroisses sont parfois très isolées les unes des autres. Et ce n’est en rien une concurrence avec les paroisses locales, au contraire. Nous sommes là pour les soutenir, les renforcer, leur proposer des outils et des relais.
Quels types d’événements proposez-vous ?
Deux grands rendez-vous rythment notre année : le week-end Connexions à l’automne, et le séjour à Taizé au printemps. Tous deux sont en pleine croissance. En 2023, Connexions a réuni 60 jeunes ; en 2024, ils étaient 90. Même dynamique pour Taizé : les effectifs augmentent chaque année. Et ce n’est pas un succès que nous mesurons uniquement en chiffres. Chaque fois, des amitiés fortes se créent, des jeunes s’ouvrent, se découvrent, posent des questions profondes. Et surtout, ils repartent transformés.
Transformés ? En quoi ?
Ce sont leurs parents et leurs pasteurs qui en parlent le mieux. Après un séjour comme Taizé, on voit des jeunes s’engager localement, demander à être confirmés, proposer spontanément de faire une lecture au culte, chercher un groupe de jeunes, voire… en créer un ! Ces rassemblements, ce sont des déclencheurs. Et cela vaut aussi pour ceux qui viennent seuls de leur paroisse : ils repartent avec des copains, des souvenirs, une vision élargie de ce qu’est l’Église.
Et pour les paroisses qui ne peuvent pas envoyer de jeunes ?
Justement, on travaille sur des solutions très concrètes pour leur venir en aide. L’idée, c’est de proposer des kits “clés en main” : des formats d’animation simples à mettre en œuvre au niveau consistorial ou local, avec si besoin une équipe d’animation mobile qui peut venir prêter main-forte – musiciens, encadrants, animateurs. Et on souhaite cartographier précisément la région pour savoir où sont les groupes de jeunes, qui les anime, quels sont les besoins. Cela permettra aussi de mieux relayer nos propositions.
Quels sont vos projets pour les années à venir ?
On aimerait pouvoir proposer un rendez-vous jeunesse par trimestre. Par exemple, un camp spirituel et nature en début d’été, après les examens. Ou encore des soirées interparoissiales tournantes, pas seulement sur Paris, mais aussi à Nevers, Montargis ou dans des banlieues moins bien desservies. On veut aller à la rencontre de tous les jeunes, pas seulement ceux qui sont déjà bien intégrés.
Et puis, on réfléchit à créer un réseau de jeunes lecteurs ou musiciens qui pourraient intervenir dans les cultes locaux à la demande. Ce serait une manière de faire circuler les talents et de donner encore plus de visibilité à la jeunesse dans nos paroisses.
Comment peut-on soutenir ou participer au SRJ ?
D’abord en informant les jeunes : beaucoup ne savent même pas que ce service existe ! Ensuite, en les encourageant à participer aux rassemblements : même un seul jeune envoyé d’une paroisse, c’est déjà une porte qui s’ouvre. Et enfin, en acceptant l’aide que nous proposons : nous sommes là pour épauler, pas pour remplacer.
Un dernier mot ?
Le SRJ n’est pas une institution froide, c’est une équipe vivante, intergénérationnelle, soudée autour d’une conviction : la foi se vit aussi en communauté, dans la joie et dans l’amitié. Nos jeunes ont soif de sens, d’engagement, de spiritualité partagée. Et ils nous surprennent souvent. Alors donnons-leur les moyens de vivre cela.