Chronique historique : L’amiral Gaspard de Coligny, la noblesse huguenote

Dans la galerie de portraits du protestantisme français au XVIème siècle, s'il y en a un qui attire l'oeil par sa prestance et sa noblesse, par son parcours de vie, ses batailles et sa fin de vie tragique, c'est bien Gaspard de Coligny.

 

Né en 1519 à Châtillon (devenue Châtillon-Coligny en sa mémoire à la fin du XIXème siècle), Gaspard de Coligny grandit au sein d’une vieille famille de la noblesse bressanne. Son oncle, Anne de Montmorency (1493-1567) fut connétable de France. Si, dans un premier temps, son frère aîné Odet (1517-1571) épouse la carrière ecclésiastique et devient cardinal en 1533 à l’âge de seize ans !, Gaspard et son jeune frère François (1521-1569) s’illustrent sous la cuirasse militaire.

 

Les Coligny connaissent une éducation marquée par l’humanisme avec comme précepteur un disciple d’Erasme. Ils côtoient même la cour de François Ier puisque leur mère est une dame d’honneur de la reine Eléonore. C’est là qu’ils se lient d’amitié avec les Guise.

 

Devenu un inlassable homme de guerre, il est de toutes les batailles menées par François Ier puis Henri II. Contre les Anglais lors de la prise de Boulogne en 1544, contre les Hasbourg lors des guerres d’Italie, contre les Espagnols lors du siège de Metz en 1552. A l’issue de ce siège, Gaspard de Coligny devient amiral de France et gouverneur de Picardie. En 1557, il défend la ville de Saint- Quentin contre Charles-Quint mais échoue : la France renonce à ses prétentions territoriales en Italie en signant le traité de Cateau-Cambrésis.

 

Un épisode moins connu mais ô combien romanesque : la colonisation du Brésil. En 1554, Henri II demande à Coligny de mener une expédition vers cette nouvelle terre. Avec l’aide de Villegagnon, l’expérience ne dure que quatre ans. Pourtant, encore aujourd’hui, dans la baie de Rio de Janeiro, une petite île abrite un fort qui porte le nom de l’Amiral. Un autre essai de colonisation en Floride avorte en 1562.

 

A cette même époque, la Réforme s’étend dans le Royaume de France. Ayant découvert le texte biblique lorsqu’il fut prisonnier de Charles-Quint de 1557 à 1559, adhérant avec enthousiasme aux écrits de Calvin avec qui il correspond, Gaspard de Coligny se convertit progressivement au protestantisme ainsi que ses deux frères. Odet, le cardinal, participe au colloque de Poissy en 1561 – dont Gaspard fut un des principaux artisans conseillant la tolérance auprès de Catherine de Médicis – et accueille avec intérêt les positions de Théodore de Bèze. Il est excommunié l’année suivante.

 

Les trois frères se retrouvent ainsi à combattre ensemble sous le fanion huguenot lors des guerres de religion qui démarrent. La deuxième guerre en 1567 est marquée par le siège de Saint- Denis où est tué Anne de Montmorency. La paix de Longjumeau qui clôt cet épisode fait perdre aux protestants leurs places de sûreté à l’exception de La Rochelle. Gaspard et son frère vont s’y réfugier. Coligny perd son épouse Charlotte de Laval, lors d’une épidémie de typhoïde. La troisième guerre qui éclate en 1568 voit d’abord la défaite des troupes protestantes à Jarnac mais finit par une victoire du camp autour de l’Amiral qui remonte presque jusqu’à Paris.

 

La tension monte entre catholiques et protestants pour connaître son apogée en août 1572. Haï par les amis des Guise, Gaspard de Coligny est victime d’un attentat le 22 août alors qu’il sort d’une partie de jeu de paume avec le roi. Le sieur de Maurevert lui tire un coup d’arquebuse qui blesse l’Amiral au bras gauche. Le roi Charles IX vient au chevet de Coligny avec son fidèle chirgurgien, un autre protestant : Ambroise Paré.

 

Mais dans la nuit de la Saint-Barthélémy, l’assassinat des chefs huguenots est décidé. Coligny est lardé de coups de couteau dans son lit du 144 rue de Béthisy (l’actuelle rue de Rivoli) avant d’être défenestré et mutilé. Il est le premier mort de cette nuit de sang où le peuple de Paris s’abreuve de vengeances.

 

C’est dans cette rue de Rivoli que fut inauguré en 1889 un impressionnant monument, au chevet de l’Oratoire du Louvre. Taillée dans un seul bloc de marbre blanc, la statue de Coligny est surmontée de ses armes et de la devise familiale « Je les espreuve tous », entourée des allégories de la patrie tenant une épée et une couronne de lauriers, et de l’Eglise en deuil tenant à la main la palme des martyrs. Elle est l’une des rares statues parisiennes représentant un noble personnage de l’Histoire du protestantisme français.

 

Pasteur Pierre-Adrien DUMAS

 

Bibliographie :
Liliane CRÉTÉ, Coligny, Paris, Fayard, 1985.
Jean-Louis BOURGEON, L’assassinat de Coligny, Droz, Genève, 1992
Nicolas LE ROUX (dir.), Les guerres de Religion, Une histoire de l’Europe au XVIème siècle, Paris, Passés composés/Ministère des armées, 2023.
Albert OLIVET, L’amiral Coligny, Paris, Fischbacher, 1914.

Source de l’illustration :
Mathieu DELDICQUE (dir.), Visages des guerres de Religion, catalogue d’exposition, Dijon/Chantilly, Faton/Château de Chantilly, 2023.

En ce moment

Communiqué du Conseil d’administration de la Fondation des diaconesses
Communiqué du Conseil d’administration de la Fondation des diaconesses
Suite à la promulgation de la loi relative au droit à l’aide à mourir, le Conseil d’administration de la Fondation des diaconesses a publié un communiqué.
Les séjours, camps et rassemblements de l’automne 2026
Les séjours, camps et rassemblements de l’automne 2026
Plusieurs camps, rassemblements, week-ends sont proposés à l'automne aux enfants, adolescents et jeunes de notre Eglise. Ces séjours sont organisés par des Eglises locales, des consistoires, des régions, ils sont souvent l'occasion de vivre un temps de fort de foi et de rencontre !
Échos du Conseil national – septembre 2026
Échos du Conseil national – septembre 2026
Réuni du 25 au 27 septembre 2026
Au nom du bien commun : Protestants, engagés dans le débat électoral 2027
Au nom du bien commun : Protestants, engagés dans le débat électoral 2027
Questionnaire à l'attention des acteurs territoriaux.
Changements dans l’équipe nationale
Changements dans l’équipe nationale
Plusieurs changements ont eu lieu cet été au sein de l’équipe nationale de l’EPUdF.
Des formations diplômantes en théologie protestante, ouvertes à tous
Des formations diplômantes en théologie protestante, ouvertes à tous
Inscription avant le 15 septembre 2026.
Le ministère de diacre
Le ministère de diacre
Plus d’informations sur le ministère de diacre : ministre du culte et ministre de l’Union, discernés localement et par la commission des ministères, l’expérimentation…
Échos du conseil national – Juin 2026
Échos du conseil national – Juin 2026
Réuni du 19 au 21 juin 2026, voici les points essentiels à retenir pour ce dernier Conseil National.
Nominations et nouveaux ministères à l’EPUdF (2026-2028)
Nominations et nouveaux ministères à l’EPUdF (2026-2028)
Découvrez les nouvelles nominations, l'accompagnement des proposants et l'évolution des ministères au sein de l'Église Protestante Unie de France pour la période 2026-2028.
Reconnaissance et départs à la retraite des pasteurs de l’EPUdF en 2026-2027
Reconnaissance et départs à la retraite des pasteurs de l’EPUdF en 2026-2027
L'Église Protestante Unie de France exprime sa gratitude aux nombreux pasteurs qui font valoir leurs droits à la retraite en 2026 et 2027. Découvrez la liste.
Les échos du Synode national 2026 à Montbéliard
Les échos du Synode national 2026 à Montbéliard
Les essentiels à retenir du Synode national 2026 à Montbéliard, du 14 au 17 mai 2026.
« Une Église qui a des réserves » – Ouverture du Synode national 2026
« Une Église qui a des réserves » – Ouverture du Synode national 2026
Le message de Christian Baccuet, Président du Conseil national de l'EPUdF, lors de l'ouverture du Synode national 2026 à Montbéliard.

Contact