Que reste-t-il de ce voyage au cœur de Londres après mon retour et la reprise des activités quotidiennes ? Des images, des visages, des souvenirs qui resteront gravés. Le privilège d’avoir pu prier avec des iraniens chrétiens lorsque la guerre en Iran a commencé, eux qui nous avaient si bien reçu la veille. Les quatre cultes comme autant de facettes d’un même diamant, chacun d’eux nourrissant une facette de ma relation à Dieu : le besoin de structure, et d’héritage, l’envie de danser pour Dieu, de louer Dieu dans ma langue maternelle, et de lui offrir le fruit du travail de mes mains, une offrande dérisoire certes mais dans laquelle j’ai mis tout mon cœur ! Je reviens aussi avec une interrogation qui ne m’a pas quitté depuis : j’ai beaucoup entendu parler de leaders d’Eglise ce qui m’apparaît comme un oxymore, bien sûr on a besoin de personnes dans l’Eglise qui prennent des initiatives, mobilisent des équipes, mettent en œuvre des projets… Mais peut-on vraiment parler de leaders ? Le Christ n’est-il pas le seul véritable leader de l’Église ? Et ne sommes-nous pas tous, par le principe du sacerdoce universel qui nous est si cher, sur un pied d’égalité au sein de l’Église — tous pécheurs pardonnés, tous ensemble sous le regard bienveillant de Dieu ?
Helena VICARIO, pasteure à Boulogne-Billancourt
Tellement de découvertes stimulant la réflexion et de belles rencontres suscitant la joie ! Puisqu’il faut choisir, je retiens ces mots d’un responsable du diocèse de Londres : « we long to be a thriving church in every community ». Et j’ajouterais « Et ils le sont vraiment ! ». Thriving, ça veut dire florissant, bourgeonnant. Une église pleine de vie, telle les bourgeons des arbres au printemps. Cette manière de vivre l’Eglise part du constat que 6% seulement de la population anglaise est chrétienne engagée, c’est-à-dire fréquente l’église une fois par mois, ou lit la bible et prie chaque semaine. A Londres, l’église bourgeonnante se voit et se vit dans l’abondance et la diversité des expérimentations menées pour aller vers de nouvelles personnes. La vision, claire, est le fruit d’une profonde réflexion ; les choix relatifs aux finances et aux ressources humaines sont en cohérence avec elle ; tout cela se vit dans la fluidité et est soutenu par la prière. Cette dynamique contraste avec ce que je peux parfois ressentir de notre église protestante unie : une force d’inertie et un certain enlisement dans les habitudes, témoignant de la difficulté du semper reformanda. Nos amis anglais sont vraiment des pêcheurs d’hommes et de femmes, qui se mettent en marche à la suite de Jésus le Christ, notre Seigneur. Et nous, vers quel élan le souffle de ces visites apprenantes nous portera-t-il ?
Dorothée GALLOIS-COCHET, conseillère presbytérale à Pentemont-Luxembourg

L’Église anglicane est l’Église nationale d’Angleterre. Chaque pasteur est géographiquement responsable de tous les habitants de sa paroisse. Or, avec seulement 6 % de chrétiens engagés au Royaume-Uni, ce sont 94 % des résidents qui échappent à l’annonce de l’Évangile. Comment rejoindre ces âmes ?
Pour répondre à cette question, sept membres de notre église locale se sont rendus à l’église Saint Barnabas (Kensington, Londres) afin d’étudier le renouveau anglican. Nous y avons suivi un programme de 4 jours pour comprendre et retranscrire les avancées de l’Église anglicane à notre Église.
Jour 1 : la communauté, base de l’Église.
Dès notre arrivée, nous avons vécu la force de la communauté autour d’un repas iranien préparé par des fidèles. Leurs témoignages ont révélé une vérité puissante : un seul membre bien accueilli peut devenir le point de départ d’un groupe de quarante personnes donnant leur vie à Jésus. L’hospitalité n’est pas un détail, c’est le moteur de la croissance.
Jour 2 : La communauté dans sa diversité.
Le dimanche, nous avons enchaîné quatre cultes aux styles radicalement différents (orgue traditionnel, louange moderne, langues variées, esthétique artistique). Cette diversité permet de rejoindre chaque sensibilité, approfondissant chaque fois le texte biblique.
Nous avons audité nos propres activités. Sont-elles conçues pour le confort de nos membres actifs ou pour interpeller ceux qui sont à l’extérieur ?
Jour 3 : La stratégie d’évangélisation.
Nous avons rencontré le responsable de l’Outreach pour Londres et le CCX (Center for Church Multiplication). Leur stratégie repose sur une lecture biblique de la multiplication et une observation du cycle de vie des organisations (naissance, croissance, stabilité, déclin).
* Le chaos maîtrisé : Le meilleur moment pour changer de paradigme est la fin de la période de croissance. Attendre la stabilité, c’est s’enfermer dans un confort stérile. Inverser le déclin est bien plus difficile.
* L’ambition : L’objectif initial de 100 implantations d’églises est passé à 10 000 au niveau national.
En cartographiant notre ville (écoles, cafés, commerces), nous avons imaginé des ponts. À Saint Barnabas, cela prend la forme de concerts pop-rock dans des bars locaux. Ce n’est pas un culte, mais une porte ouverte pour créer des liens avec ceux qui ne franchiraient jamais le seuil d’une église.
Jour 4 : Concrétiser la stratégie et la pérenniser.
Comment transformer l’idée en action ? Nous avons découvert le témoignage d’un pasteur sans bâtiment, bâtissant une communauté à partir de rien en offrant des cours d’anglais basés sur la Bible.
Le défi est lancé : sommes-nous capables d’abandonner nos automatismes pour devenir intentionnels dans chaque action ?
Devenir des agents de changement
En quatre jours, notre groupe de sept a fait corps. Nous sommes revenus avec une conviction : si douze hommes ont pu changer le monde, notre petit groupe peut impulser un changement profond dans notre église locale.
Le projet Zacharie n’était pas un simple voyage, c’est le début d’une mutation vers une église résolument tournée vers l’autre, prête à entrer dans le « chaos » créateur pour moissonner les 94 %.
Sonia et Maxime MENET, membres de l’Eglise du Mantois