Une vieille dame protestante attend ses étudiants à Paris
Située rue Pernety, à l’ombre du temple de Montparnasse-Plaisance (Paris XIVe), la résidence étudiante Paumier-Vernes accueille chaque année une cinquantaine d’étudiants dans des chambres doubles ou individuelles, dont deux sont aménagées pour les personnes à mobilité réduite.
Cette institution protestante attend qu’on se souvienne d’elle. Peu de familles y pensent lorsqu’elles cherchent un logement pour leur enfant venu poursuivre ses études à Paris. Pourtant, depuis cent soixante-douze ans, elle accueille et abrite la jeunesse.
1855. Nous sommes aux abords de Montparnasse, près de Vaugirard, une commune enclavée entre le mur des Fermiers généraux et les fortifications qui ceinturent la capitale. Dans un recoin oublié, le hameau de Plaisance est isolé des quartiers populaires de la rive droite célébrés par Hugo, Zola et Eugène Sue. Ici, les familles s’entassent dans des taudis aux toitures avachies. L’urbanisme est rudimentaire, les infrastructures à peine ébauchées. La voirie est un cloaque à ciel ouvert, un lacis de ruelles boueuses. Bien sûr, il n’y a pas d’école, juste quelques estaminets dans lesquels des hommes harassés noient leur fatigue et leur misère. La classe ouvrière, dont les effectifs vont tripler entre 1800 et 1870, se constitue en dehors de l’Église et du christianisme pratiquant. En 1871, Plaisance deviendra un bastion de communards…
1855, toujours. Le pasteur Henry Paumier (1821-1899) a trente-quatre ans. Fils d’un doyen de la Faculté de théologie de Montauban, il est rattaché à la paroisse de Pentemont et habite le faubourg Saint-Germain, l’un des refuges parisiens du luxe et de ses joies. Défenseur du rôle de l’Église dans la transformation sociale, il conçoit l’engagement en faveur des plus pauvres comme un témoignage essentiel de sa foi. Avec son épouse, Françoise Vernes – fille du sous-gouverneur de la Banque de France -, il fonde à Plaisance une paroisse, deux écoles ainsi qu’un orphelinat de jeunes filles.
Nous sommes vingt ans avant que le christianisme social ne trouve sa doctrine et ses tribunes. Après la Commune, en effet, Robert McAll ouvrira à Belleville une porte sur l’Évangile ; Tommy Fallot, Charles Gide, puis Élie Gounelle chercheront, chacun à sa manière, à apporter une réponse chrétienne à la question sociale.
Paumier, lui, a devancé l’heure.
Cent soixante-douze ans plus tard, un bel héritage demeure. La paroisse de Montparnasse-Plaisance ainsi qu’une fondation reconnue d’utilité publique (Décret impérial du 25 juillet 1870). Cette dernière gère les murs du complexe culturel L’Entrepôt, naguère créé par Frédéric Mitterrand, mais surtout cette charmante résidence étudiante, récemment réhabilitée. Elle dispose de salles d’étude et de détente, de kitchenettes individuelles et d’une cuisine commune équipée, d’un très agréable jardin. Les chambres, chacune portant le nom d’une grande figure du protestantisme, composent une sorte de panthéon familier où la jeunesse étudiante prend ses quartiers. Pierre Bayle, France Quéré, Delphine Seyrig, Rabaud Saint-Étienne, Elisée Reclus, Christophe-Philippe Oberkampf, les frères Peugeot ou Francis de Pressensé : autant de noms dont l’ombre tutélaire veille sur le sommeil et les travaux des jeunes hôtes.
Avis aux étudiants (et à leurs parents) !
Lorraine Kaltenbach
présidente de la Fondation Paumier-Vernes
Résidence Paumier-Vernes
63 rue Pernety – 75014 PARIS
Mail : residence@paumier-vernes.org
Site web: www.unme-asso.com/html/paris/paumier_vernes.htm