Le mois dernier, nous racontions ce passage délicat mais décisif : du Synode (où l’on débat et où l’on vote un cap) au Conseil régional (où ce cap devient des décisions, des budgets, des nominations, des chantiers).
Le 14 février, un nouvel “épisode” s’est écrit — avec une image biblique qui a donné la tonalité de la journée : Jean 3,7-8, l’appel à “naître de nouveau” et le souffle qui “souffle où il veut”.
C’est exactement l’impression que laisse ce Conseil : un mouvement entre deux exigences.
D’un côté, se laisser déplacer (par la mission, par les urgences humaines, par les lieux “hors les murs”).
De l’autre, tenir les piquets (finances, cadre commun, continuité des ministères, outils, immobilier). Sans piquets, la tente s’envole. Sans souffle, elle devient un hangar.
Au programme de cette séance : deux services régionaux invités (aumônerie des prisons et médiation), des décisions financières structurantes, des décisions de gouvernance, et plusieurs choix très concrets qui dessinent déjà les questions des mois à venir.
1) Entre les murs : l’aumônerie des prisons, un ministère discret… et une relève à construire
Le Conseil régional a rencontré le service d’aumônerie en prison, constitué au Synode régional 2023. Le cadre est rappelé clairement : prosélytisme prohibé, accompagnement spirituel sollicité — un ministère à la fois sobre, encadré, et profondément nécessaire.
Quelques chiffres donnent immédiatement la mesure de l’enjeu : on évoque environ 70 aumôniers protestants au niveau de la Fédération protestante de France ; 14 relèvent de l’EPUdF, et 5 ont dépassé l’âge légal de 75 ans. Un aumônier vient d’arrêter pour limite d’âge, tandis que trois nouveaux aumôniers sont arrivés récemment : signe encourageant… mais insuffisant pour calmer la question centrale de la séance : la relève.
Un témoignage est venu donner chair à cette réalité : à Fresnes, établissement de grande taille (environ 2 300 détenus), on entre dans un monde avec son vocabulaire, sa culture professionnelle, ses règles, mais aussi ses demandes spirituelles très concrètes. La prison est décrite comme un lieu de mission et même un lieu d’œcuménisme, où l’accueil eucharistique est pratiqué.
Le service a rappelé (dans la continuité des vœux synodaux) plusieurs points d’attention :
- reconnaître la prison comme un lieu de mission de l’Église ;
- soutenir le ministère des aumôniers envoyés ;
- encourager les Églises locales à recommander des personnes (pasteurs ou non) pour discernement ;
- relayer informations et besoins auprès des paroisses ;
- étudier l’appel à des pasteurs à la retraite (aumôniers ou visiteurs) ;
- poursuivre le travail vers une reconnaissance liturgique de ce ministère.
Un signe important : le service avait déjà écrit (octobre 2025) aux pasteurs et présidents de CP pour proposer de venir présenter ce ministère dans les Églises locales. La question qui se pose maintenant est celle de l’efficacité du relais : comment, concrètement, nos paroisses se saisissent-elles de cet appel ?
2) Traverser les tensions sans se déchirer : Médiation, un “ministère de paix” à mieux faire connaître
Deuxième service invité : Médiation (créé en 2017). Le Synode 2025 insistait sur une Église qui accepte de traverser les désaccords au lieu de les nier ; la médiation en est une déclinaison très concrète — quand les tensions ne sont plus “un débat”, mais une fatigue, une incompréhension, une crise, parfois un conflit ouvert.
Le service composé de professionnels se doit d’être à la fois neutre et indépendant. Il propose un fonctionnement très concret :
- une personne (ou un collectif) écrit au service par mail ;
- un échange téléphonique permet d’entendre la situation et de discerner si cela relève d’une médiation ;
- si oui, le cadre est posé, et un consentement libre et volontaire est recueilli ;
- le service contacte ensuite l’autre partie : c’est la pré-médiation, jugée essentielle. Elle permet à chacun de déposer son récit — et parfois, cela suffit déjà à apaiser ;
- si la médiation s’engage : séances communes, dont le nombre et le rythme sont fixés par les parties. Le médiateur structure le cadre… puis se met en retrait pour laisser les parties cheminer.
Un point a été fortement souligné : la confidentialité est “essentielle et indispensable”. Elle couvre l’intégralité des échanges et, en principe, l’issue de la médiation, afin de protéger les personnes. Le service demande aussi que toute communication externe soit arrêtée pendant la période de médiation.
Le Conseil régional a entendu trois besoins exprimés par le Service Médiation :
- mieux informer et prévenir (flyers, page sur le site régional, document de fonctionnement, interventions dans des lieux identifiés : réunions de CP, pastorales…) ;
- recruter de nouveaux médiateurs ;
- instaurer une rencontre annuelle avec le Conseil régional (bilan, statistiques, réflexion sur les questions sous-jacentes aux conflits).
👉 À suivre : comment faire passer un message simple — “il existe un service, on peut le solliciter tôt” — sans stigmatiser les paroisses, ni attendre que la situation devienne irréversible ?
3) Tenir le cadre : finances, solidarité, et décisions lisibles
Le Conseil régional a poursuivi le travail de lucidité financière déjà amorcé depuis le Synode.
État des contributions 2025 : le trésorier souligne la variabilité liée aux versements tardifs (environ 50 000 € reçus fin janvier). Les arriérés sont signalés comme un point de vigilance majeur (ordre de grandeur annoncé : 120 000 €).
Pour 2026, le déficit opérationnel voté au budget synodal (165 000 €) est réévalué à ce stade à environ 208 000 €, sous réserve d’ajustements.
Dans ce contexte, une décision structurante a été prise pour 2027 :
maintenir le niveau des contributions de la Région au Titre A (Union nationale) et au Titre D (Défap) dans le seul Titre A, et les fusionner pour en confier la gestion au niveau national.
4) Des décisions qui rendent la vie possible : ministères, transitions, gouvernance
On ne le dira jamais assez : une part essentielle du Conseil régional est “invisible” — et pourtant déterminante. Il s’agit de faire en sorte que les transitions ne deviennent pas des ruptures, que les communautés ne s’épuisent pas dans l’attente, et que l’institution reste au service de la vie d’Église.
Plusieurs décisions ont été prises, avec précision :
Gouvernance (bulletins secrets)
Suite au départ de Marie-Pierre Cournot :
- Sophie Ollier est appelée comme membre du Conseil régional
- Éric George et Alain‑Georges Nouga sont appelés au Bureau
- Éric George est appelé comme vice‑président pasteur
Continuité estivale
Le pasteur Bruno Gaudelet reçoit mission d’assurer actes pastoraux et cultes dans les paroisses de la Région en juillet‑août 2026, en privilégiant les paroisses vacantes.
Mouvements pastoraux
- La pasteure Charlotte Brosse‑Barral est nommée sur le poste de Batignolles à compter du 1er juillet 2026. s.
- Le Conseil prononce la vacance du poste de Montparnasse‑Plaisance au 1er juillet 2026, à pourvoir à partir du 1er juillet 2027, après une année de vacance (unanimité).
5) Des outils concrets : formation (PSSM), FLAM, presse régionale, immobilier
Dans la vie réelle, les orientations synodales se traduisent souvent par des décisions modestes….
Santé mentale : outiller des responsables locaux (PSSM)
Le Conseil décide (à l’unanimité) d’allouer une somme maximale de 550 € pour financer la moitié de la formation PSSM pour 5 personnes non pasteures discernées par le service Formation (base : 220 € par personne).
C’est une mesure petite par le montant, grande par le signal : la souffrance psychique n’est pas “un sujet à côté”, c’est un enjeu pastoral et communautaire majeur.
Paroles Protestantes : choisir une formule tenable
Le Conseil décide (à l’unanimité) de mettre fin a la production du Cahier 2 de Paroles Protestantes, après examen de deux scénarios :
- maintenir un cahier séparé demanderait une organisation dédiée ; impossible à tenir dans le cadre actuel, sauf à recruter un freelance (10 000–14 000 € par an) ;
- la suppression permet une fusion des cahiers, une intégration ciblée des contenus utiles dans le cahier principal, et l’externalisation des informations logistiques vers le Mémento, pour sécuriser la parution et améliorer la lisibilité.
6) Le fil rouge des prochains mois : renforcer les consistoires, clarifier les chantiers
Le Conseil a aussi tiré des leçons de la “journée des services” : moment jugé sympathique, mais parfois laborieux. Un constat revient : l’échelon consistorial ne joue pas suffisamment son rôle d’interface — alors que le Conseil estime que c’est le bon niveau d’articulation à renforcer.
Plusieurs chantiers sont confirmés, avec des horizons (synode 2026 / 2027) : formes multiples de vie d’Église, articulation “être missionnaire / être disciple”, constitution d’une équipe communication et de relais consistoriaux, soutien trésorerie/comptabilité, écologie & immobilier (DPE/audits, financement, plan à faire valider au synode 2026), jeunesse, mutualisation…
👉 À suivre : la question n’est pas “quels chantiers”, mais comment on les rend praticables : qui porte quoi, à quel niveau, avec quels relais, et comment on évite l’épuisement des mêmes personnes.