Quel regard portais-tu sur l’offrande en arrivant dans l’Église ?
Je donnais parce que je voyais les autres donner. Je mettais de l’argent dans le panier parce que cela avait l’air d’être l’usage : à Rome, fais comme les Romains !
Mais personne ne m’expliquait vraiment à quoi servait cet argent. J’ai découvert la contribution régionale, la solidarité entre paroisses, les dons nominatifs et leur déduction fiscale lorsque je suis entré au conseil presbytéral. Cela faisait pourtant dix ans que je fréquentais l’Église.
Nous raisonnons encore comme si tout le monde était protestant de père en fils — et comme si les protestants de père en fils comprenaient forcément le fonctionnement de leur Église.
Que faut-il expliquer concrètement ?
Je reviens régulièrement aux fondamentaux : de quoi vit l’Église, de quoi elle ne vit pas, ce qu’est la contribution régionale et comment elle permet une solidarité entre les paroisses. On peut aussi rappeler que, depuis la loi de 1905, l’État ne finance pas les cultes, ou comparer notre système avec l’impôt ecclésiastique allemand.
Il ne faut pas avoir peur de se répéter. De nouvelles personnes arrivent et les habitués n’ont pas forcément tout retenu. La répétition fait partie de la pédagogie.
Tu fais cela même lors des baptêmes et des confirmations ?
Surtout à ces occasions-là ! Lorsqu’il y a beaucoup de visiteurs, nous avons parfois envie d’expédier l’offrande pour ne gêner personne. Moi, je préfère les accueillir, leur expliquer simplement de quoi vit l’Église et leur dire que nous vivons des dons de celles et ceux qui la fréquentent.
Ils restent évidemment libres de participer. Je parle toujours de dons « libres et joyeux ». La liberté n’interdit pas la clarté.
Comment éviter le tunnel de chiffres ?
Au culte, je me donne deux ou trois minutes maximum. Je choisis un angle et je mets les chiffres en perspective : où en sommes-nous par rapport au budget ? Par rapport à l’année dernière ? Sommes-nous en avance ou en retard ?
On peut aussi partir d’un fait très concret. Lorsque nous recevons une grosse taxe foncière, une facture inattendue ou qu’il faut remplacer une pompe à chaleur, je montre le document et j’explique ce que cela représente. Une facture de plusieurs milliers d’euros parle davantage qu’une ligne perdue dans un tableau.
Le rôle du trésorier n’est pas d’infliger son fichier Excel à la communauté. Il doit l’aider à comprendre sa situation financière.
Faut-il nécessairement parler des dépenses ?
Non. Il faut varier. On peut présenter une dépense, mais aussi raconter un projet et montrer ce que les dons rendent possible. C’est plus facile de susciter l’envie de donner lorsqu’on voit qu’il se passe quelque chose dans l’Église.
Lors d’un baptême ou d’une confirmation, je peux relier l’offrande à la joie vécue par la communauté. Le don devient alors une réponse à ce que nous avons reçu et une manière de participer à cette dynamique.
J’essaie aussi de faire écho à la prédication. Pendant que j’écoute, je cherche l’angle qui me permettra de rebondir au moment de l’offrande. On peut arriver à parler d’argent à partir de presque n’importe quel sujet !
Cela demande une certaine aisance…
Au début, je préparais toujours mes prises de parole. Puis, à force d’en écrire, je me suis constitué un répertoire d’histoires, d’explications, de chiffres et d’images dans lequel je peux maintenant puiser.
Je ne conseillerais donc pas de commencer par improviser. Il faut d’abord préparer des interventions courtes et essayer différents angles. L’improvisation vient ensuite : c’est en forgeant qu’on devient forgeron.
Comment parler d’une situation difficile sans culpabiliser ?
En disant la vérité. Si une paroisse accumule les déficits, elle finira par ne plus pouvoir payer ses dépenses. L’expliquer, ce n’est pas culpabiliser : c’est responsabiliser.
En revanche, attendre décembre pour annoncer chaque année que tout va très mal n’est ni très pédagogique ni très mobilisateur. Les finances doivent être évoquées régulièrement, quand les nouvelles sont mauvaises comme lorsqu’elles sont bonnes.
La grâce est gratuite, mais la vie matérielle de l’Église ne l’est pas. Notre liberté de donner a pour pendant notre responsabilité envers la communauté.
Propos de Matthieu MAIA, Trésorier du Conseil presbytéral de l’Eglise de Poissy et Environs recueillis pas Emile BARBU