Le Conseil régional a poursuivi le travail engagé depuis le synode : quitter l’esprit de propriété et de survie pour s’ouvrir à une dynamique plus missionnaire. Après avoir commencé à préciser les formes de vie d’Église à encourager, le Conseil entre désormais dans une phase plus opérationnelle : préparer des plans d’action, soutenir ou revitaliser les consistoires, accompagner les lieux émergents, et organiser les prochaines étapes synodales.
La méditation d’ouverture, conduite par Georges Letellier à partir de l’Évangile de Marc, dans l’écho du dimanche de Pâques, a donné une tonalité particulière à la séance. Non pas seulement regarder ce qui manque ou ce qui fatigue, mais discerner ce qui se relève déjà.
Et justement, les nouvelles partagées en début de Conseil ont fait apparaître plusieurs signes encourageants : dans plusieurs lieux de la région, les cultes de Pâques ont connu une fréquentation en nette hausse, avec des personnes nouvelles, mais aussi des personnes revenues après une période de distance. Plus largement, une présence nouvelle, une impression de rajeunissement et un élargissement de la fréquentation sont observés dans plusieurs communautés. Ces signes ne règlent évidemment pas tout. Mais ils donnent du poids à la question centrale du moment : comment accueillir, accompagner et inscrire dans la durée ce qui commence à bouger ?
Le projet régional : sortir de la survie, organiser la mission
Le Conseil a repris le fil du projet régional 2024-2028 autour d’une vision commune : « Faire Alliance, pour quitter l’esprit de propriété et l’esprit de survie pour s’ouvrir à l’esprit missionnaire et devenir une Eglise au service ».
Cette vision doit structurer le plan d’action des trois prochaines années. Le synode régional 2024 avait déjà demandé au Conseil de concentrer son action autour de trois enjeux majeurs : mettre la jeunesse au cœur de la mission, travailler l’interculturalité et l’accueil dans toutes leurs dimensions, et renforcer la communication pour partager les réussites locales et soutenir la dynamique missionnaire.
Ces trois priorités ne sont pas pensées comme des dossiers séparés. Elles sont comprises comme des ressources transversales pour aider les Églises locales à vivre plus clairement leur vocation : témoigner et transmettre l’Évangile dans un monde en mutation.
Le Conseil a repris plusieurs textes bibliques qui nourrissent cette vision : l’appel d’Ésaïe à élargir l’espace de la tente, le rappel de Paul que le Christ est le seul fondement, et l’appel de Jean 15 à porter du fruit, non seulement en paroles, mais aussi en actes. Il ne s’agit donc pas seulement d’organiser l’Église autrement. Il s’agit de chercher comment une vision spirituelle peut devenir des formes concrètes de vie, de service et de témoignage.
Deux objectifs : trouver sa place et diversifier les formes
Le Conseil s’est donné deux objectifs majeurs.
Le premier est d’aider les Églises locales à accompagner leurs membres dans trois dimensions complémentaires de la vie chrétienne : être accueilli, être engagé, être missionnaire — autrement dit : enfant de Dieu, disciple, apôtre. Ces dimensions ne doivent pas être comprises comme un parcours mécanique, où chacun passerait obligatoirement d’une étape à l’autre. Elles désignent plutôt les composantes d’une vie chrétienne complète, que chaque personne peut habiter selon son chemin, ses dons et son rythme.
Le Conseil juge prioritaire d’aider les Églises locales à formuler une vision spirituelle claire de ce qu’elles veulent être et vivre. C’est un point important : la transformation ne peut pas seulement venir d’outils régionaux ou de dispositifs techniques. Elle suppose que chaque communauté puisse dire, avec ses mots, ce qu’elle cherche à vivre et à transmettre.
Le deuxième objectif est de diversifier les formes de vie d’Église. Le Conseil réaffirme que l’Église locale classique garde toute sa pertinence. Mais elle ne peut pas être pensée comme la seule forme légitime. L’objectif est donc de sortir d’un modèle unique — paroisse, pasteur, local, association cultuelle — pour autoriser et soutenir des formes complémentaires : Églises de maison, petits groupes, formes interparoissiales ou consistoriales, projets liés à des œuvres, lieux ciblés selon les publics, ou encore formes plus légères sans implantation lourde.
Le Conseil insiste toutefois sur un équilibre : libérer l’innovation, oui, mais maintenir un lien institutionnel suffisamment structurant pour accompagner, protéger, évaluer et, si nécessaire, arrêter une expérimentation. L’idée d’essais, de réussites partielles et d’échecs analysés est explicitement assumée. Une Église qui expérimente doit aussi apprendre à relire ce qu’elle tente.
Plusieurs exemples ont été évoqués : Lagny-Chelles-Marne-la-Vallée / Chessy comme lieu potentiel de réimplantation ou de forme nouvelle, Étampes comme autre lieu possible d’expérimentation, ou encore une expérience observée à Dreux / Châteaudun, avec une « halte spirituelle » itinérante portée œcuméniquement à partir d’une ambulance aménagée. Ces exemples montrent que la créativité missionnaire ne se décrète pas abstraitement ; elle se repère, se soutient et se relit à partir du terrain.
Les consistoires, un levier à réveiller
Un autre point important a émergé : le rôle des consistoires. Le Conseil les identifie comme un levier majeur, encore sous-utilisé.
Les situations sont très contrastées. Certains consistoires vivent une vraie dynamique ; d’autres fonctionnent peu, ou très difficilement ; d’autres encore peinent à exister comme espaces réels de travail commun. Le Conseil ne souhaite donc pas appliquer une réponse uniforme. Il propose de repartir d’un diagnostic fin, consistoire par consistoire.
L’idée est aussi de mieux articuler travail consistorial et travail synodal. À terme, les consistoires pourraient même devenir des groupes de travail au synode sur certains sujets. Le Conseil se donne un an pour renforcer et soutenir les consistoires
Ce point est décisif. Si la région veut encourager de nouvelles formes de vie d’Église, elle ne pourra pas tout porter seule. Il faudra des relais de proximité, capables de faire dialoguer les paroisses, de mutualiser certaines forces, et d’aider les communautés à discerner ce qu’elles peuvent porter ensemble.
Quatre équipes pour préparer le week-end de juillet
Pour passer de l’orientation générale à des plans d’action, le Conseil a décidé de constituer quatre petites équipes. Leur mission n’est pas de régler immédiatement les sujets, mais de préparer le travail du week-end du Conseil régional des 4 et 5 juillet à Fontainebleau, avec l’objectif d’en sortir des propositions concrètes.
La première équipe travaillera au repérage des projets et lieux émergents : identifier les idées qui frémissent déjà, interroger les responsables régionaux et les présidents de consistoire, puis proposer au Conseil quelques projets à soutenir.
La deuxième équipe travaillera sur la vision des Églises locales : comment aider une communauté à élaborer une vision spirituelle partagée, lisible et mobilisatrice ?
La troisième équipe préparera un travail sur le soutien des consistoires : diagnostic, revitalisation, articulation avec le travail régional et synodal.
La quatrième équipe travaillera sur la formation des membres de l’Église : recenser des formations accessibles aux membres non engagés, autour de l’accueil, de l’engagement et de la mission, et mieux articuler les besoins des membres avec les services formation, jeunesse, interculturalité et communication.
Avec ces quatre équipes, le Conseil franchit une étape : la vision régionale commence à se structurer en méthode de travail.
Finances : une hausse contenue et un objectif atteint
Sur le plan financier, le Conseil a décidé de fixer la contribution des Églises locales au budget régional et national à 4 361 735 €, soit une augmentation globale de 1 %. Cette décision tient compte à la fois de la situation financière des Églises locales et du budget prévisionnel 2027 proposé par le trésorier régional. La marge de manœuvre reste étroite, notamment parce que certaines contributions sont déjà figées et que plusieurs Églises locales pourraient baisser leur participation.
Autre point important : l’appel à contribution exceptionnelle lancé pour financer les missions jeunesse et interculturalité a atteint son objectif. Le total des promesses de contributions sur les années 2026, 2027 et 2028 s’élève à 302 400 €. L’argent collecté servira exclusivement à financer ces deux missions. En incluant le soutien de la fondation FLAM, ces missions pourraient même s’inscrire dans une durée plus longue que les trois années initialement prévues.
Immobilier : Aulnay, Étampes et les moyens de la présence
Le Conseil a examiné le dossier immobilier de la paroisse d’Aulnay-sous-Bois pour la rénovation de son temple. Le projet est présenté comme solide et bien monté, avec un montant global de 637 000 €. Le Conseil a donné un avis favorable à la totalité de l’opération, décidé d’apporter une contribution du FSIR à hauteur de 200 000 €, et de demander un soutien de 100 000 € à l’Union nationale.
Des pistes complémentaires ont également été évoquées, notamment autour d’une possible reconnaissance du caractère remarquable du bâtiment, qui pourrait ouvrir à des soutiens publics, ainsi que la possibilité d’explorer des financements liés à des projets immobiliers répondant à certains critères, comme la rénovation énergétique ou la mise aux normes.
Le projet d’Étampes a également été abordé. La signature prévue pour l’achat du terrain a été annulée au dernier moment en raison d’une difficulté liée à la TVA sur la marge du vendeur, sans chiffrage stabilisé. Le Conseil a jugé impossible de statuer sans connaître exactement le prix réel d’acquisition. Le terrain restant réservé dans le plan d’urbanisme pour la construction d’un temple protestant, il n’y a pas d’urgence absolue. Une assemblée générale extraordinaire de l’ACREPUF sera convoquée le 30 mai 2026.
Là encore, ces décisions immobilières ne sont pas seulement des opérations matérielles. Elles posent une question très concrète : de quels lieux avons-nous besoin pour faire vivre la présence protestante dans des territoires en transformation ?
Préparer le Synode régional 2026
Le Conseil a aussi commencé à préparer le prochain synode régional, qui aura lieu les 20, 21 et 22 novembre 2026. Le sujet synodal retenu sera : « Oser témoigner de l’Évangile dans un monde fracturé ».
Ce choix a fait l’objet d’un débat. Plusieurs voix ont souligné que l’Église ne peut pas rester silencieuse devant les fractures contemporaines. D’autres ont mis en garde contre un angle trop frontal, qui risquerait de faire déraper les échanges vers des prises de position partisanes. Le titre finalement retenu cherche un équilibre : travailler le témoignage chrétien, le courage, l’accueil, la démocratie, la conflictualité et les fractures du monde, sans enfermer le synode dans un affrontement politique.
Le Conseil a également avancé sur plusieurs sujets nationaux qui seront traités dans le cadre synodal : la nouvelle liturgie commune luthéro-réformée, l’adaptation de la Constitution au statut de diacre, ainsi que les questions de création et de suppression de postes régionaux.
Une étape de structuration
La prochaine étape importante sera le week-end du Conseil régional à Fontainebleau, les 4 et 5 juillet 2026, où les équipes constituées devront proposer des plans d’action concrets. C’est là que le projet régional devra encore gagner en précision : non seulement dire ce que nous voulons vivre, mais décider comment nous allons nous y prendre.
Prochaines dates du Conseil régional : 30 mai 2026, puis week-end du Conseil régional les 4 et 5 juillet.