Cette année, pour le traditionnel séjour printanier dans la communauté œcuménique de Taizé, nous étions trente-quatre au départ, mineurs et majeurs en proportions équivalentes, accompagnés de six « adultes confirmés ». Le groupe représentait une belle diversité de paroisses, parisiennes ou de banlieue, de l’Annonciation au Foyer protestant d’Aubervilliers, de Béthanie à Melun, Saint-Quentin, Levallois-Perret, Robinson, Palaiseau, Bourg-la-Reine, Nanteuil-lès-Meaux, Créteil, Saint-Cloud, Chartres et Noisiel…
Le départ s’est fait au temple de Paris-Béthanie, dans le 20ème arrondissement. Le culte avait été préparé autour d’Esaïe 40, sur le thème de l’élargissement de la tente de l’Alliance et de l’unité du peuple de Dieu, et les tâches réparties entre les animateurs et animatrices. Après un pique-nique, nous avons embarqué à bord de notre car qui nous a conduits sans encombre jusqu’en Bourgogne, le dimanche 19 avril, pour une semaine en dehors du temps.
Se rendre à Taizé permet de s’interroger avec tolérance sur la grande Eglise, la famille chrétienne au sens large, au-delà des seules communautés locales. Ces séjours bousculent toujours les acquis en matière de théologie, nous permettant de réfléchir à une véritable communion en Christ avec nos frères et sœurs catholiques ou orthodoxes, dans un esprit œcuménique nourrissant. Par ailleurs, du fait de la variété des paroisses représentées dans le groupe, les jeunes ont été amenés à se confronter à l’interculturalité : différences sociales, confessionnelles, culturelles, familiales, ont semblé gommées le temps de notre présence sur le camp. Ensemble, nous avons avancé, pas à pas, en apprenant à découvrir les autres, venus avec nous ou du monde entier, dans toutes leurs variétés. En sus, nous avons pu réfléchir à l’intergénérationnel, par la composition même de l’équipe d’accompagnement, allant de 28 à… 79 ans !
Notre aînée, Marie-Hélène, venue d’Aubervilliers, souhaitait de tout cœur partager cette expérience avec les jeunes de sa paroisse et d’ailleurs. Ayant fréquenté Taizé dans ses jeunes années, elle rêvait d’un « dernier séjour » dans la communauté. Catholique devenue protestante à la suite d’un divorce et d’un remariage, Marie-Hélène a su nous faire profiter de son expérience de vie, dans l’humour et l’ouverture d’esprit, avec une humanité merveilleuse qui a suscité l’intérêt et l’affection de la jeune génération. Tout au long de la semaine, elle a pris le temps de discuter et d’apprendre à connaître chacun et chacune, avec une parole d’encouragement par-ci, un conseil d’ancienne par-là. Jusqu’aux partages bibliques du matin qu’elle a assumé avec brio, libérant la parole des jeunes par sa franche simplicité. Sa douceur et sa gentillesse ont fait mouche ! Nous espérons bien que ce soi-disant dernier séjour sera reporté à une prochaine fois…
La pasteure Esther-Mélanie Boulineau, membre du SRJ, s’était également portée volontaire pour encadrer le groupe, belle occasion pour elle de découvrir la philosophie du lieu, pour sa première fois dans la communauté. Sa présence a été très appréciée des jeunes qui lui ont souvent demandé des éclairages sur la foi et le christianisme, n’ont pas hésité à faire appel à elle pour répondre à telle ou telle question. Comme tous les prêtres ordonnés, les pasteur(e)s ou les diaconesses présent(e)s au cours de la semaine, Esther-Mélanie a assuré plusieurs soirs de suite les « confidences » dans l’église, à la suite de la prière. Il s’agissait pour elle, à l’instar des frères, de prendre place pour accueillir celles et ceux qui souhaitaient un accompagnement spirituel, un conseil, évoquer leurs doutes, leurs difficultés, leurs tâtonnements… Cette tâche difficile (mais ô combien ! nécessaire), Esther-Mélanie s’en est acquittée avec un grand sens du service. La veille du départ, la pasteure a également apporté son aide à la diaconesse suisse Sœur Doris dans la préparation d’un culte très inspirant, sur la parabole de la vigne et des sarments. Personnellement, ce séjour lui a permis de comprendre qu’à Taizé, dans cette bulle réconfortante hors du tohu-bohu du monde, nous vivons une parenthèse bénie de spiritualité pure, comme un témoignage de ce que nous pourrions imaginer du Royaume.
Notre comparse Léo, du SRJ, volontaire depuis plusieurs mois dans la communauté, était chargé de l’animation biblique chaque matin, avec un camarade du Zimbabwe, Léon. Grâce à leurs illustrations par des mises en scène aussi amusantes que pédagogiques, les jeunes Français, Allemands, Hollandais, Italiens ou Suisses, ont pu parcourir l’Evangile de Jean tout au long de la semaine.
Le grand ami de nos jeunes parisiens, Frère Benoit, a également accepté cette fois encore de les recevoir pour une rencontre de groupe, pendant laquelle ils l’ont bombardé de questions sur la place de la foi dans la vie. Et comme cela ne suffisait pas à aborder tous les cas personnels, ils sont allés un à une à sa rencontre le soir dans l’église pour des entretiens individuels.
A Taizé, grâce aux nombreux échanges avec les personnes qui les entourent, les jeunes se sentent plus que n’importe où accompagnés, soutenus, dans la main de Dieu, pour faire le point sur leurs soucis quotidiens, leurs vies familiales difficiles, leurs blessures, se ressourcer, interroger leur rapport au divin… L’atmosphère qui règne permet d’aborder librement tous les sujets, parfois intimes, que l’on n’exposerait jamais ailleurs, sans se sentir jugé, mais au contraire écouté avec empathie.
Et ils en ont tant besoin ! Comme ils peuvent être éprouvés par leurs jeunes existences parfois ! Certains arrivent dans la communauté avec de lourds bagages, mais le temps d’une semaine, ils apprennent à les déposer, les vider du superflu, en s’appuyant sur Dieu pour les aider à les porter. Ils repartent ainsi plus légers, ragaillardis, prêts à affronter les épreuves de la vie avec une force décuplée, une foi renouvelée. Une véritable transformation qui s’opère en l’espace de quelques jours et de manière durable !
« Les jeunes gens se lassent et ils s’épuisent, et même de robustes gaillards tombent, mais ceux qui comptent sur l’Eternel renouvellent leur force : ils prennent leur envol comme de jeunes aigles ; sans se lasser, ils courent, ils marchent en avant, et ne s’épuisent pas » (Esaïe 40, 30-31).

De droite à gauche : Esther-Mélanie Boulineau, Jean-Michel Valla, Anna Rosset, Marie-Hélène Plotin, Corinne Lion-Cerf et Gaëlle Couvez
Pour le SRJ, Gaëlle COUVEZ