édito vidéo : Avril 26

Afin de visualiser les vidéos il est nécessaire d'accepter les cookies de type analytics

Si vous voulez savoir à quoi vous croyez vraiment… ne commencez pas par votre credo. Commencez par votre relevé bancaire. Parce qu’on peut tricher avec des mots. On peut tricher avec des émotions. On peut même tricher avec une image de soi. Mais avec l’argent, c’est plus difficile. L’argent écrit nos priorités en chiffres.

 

Je vous propose une expérience. Prenez maintenant une pièce. Un billet. Ou ouvrez votre application bancaire. Regardez-le. Et posez-vous la question la plus simple, et la plus dérangeante : « Qu’est-ce que j’attends vraiment de toi ? »

 

Un pouvoir d’achat, bien sûr. Mais pas seulement.
J’attends aussi de la sécurité : « Avec toi je serai tranquille. »
J’attends de la reconnaissance : « Avec toi je serai quelqu’un. »
J’attends de la liberté : « Avec toi je pourrai choisir, décider, être autonome. »
Et parfois j’attends même une revanche : « Avec toi, je ne dépendrai de personne. »

 

Vous voyez ? On dit “c’est matériel”. En réalité, c’est hautement spirituel.
Parce que ça touche au désir, à la peur, à l’identité, à l’avenir. On touche surtout à ce qu’on croit être le plus important, ce qui a de la valeur pour nous, ce qui compte vraiment à nos yeux.

 

Dans l’Évangile, Jésus ne parle pas de l’argent comme d’une simple monnaie. Il lui donne un nom : Mammon. Pourquoi ? Parce que l’argent n’est pas seulement un outil. C’est une puissance. Et une puissance, ça fait deux choses : ça promet, et ça commande.

 

Mammon promet : « Fais-moi confiance, tu ne manqueras pas. »
Et Mammon commande : « Protège-moi. Multiplie-moi. Garde-moi près de toi. »

 

C’est pour ça que Jésus parle de deux maîtres. Pas deux idées. Deux maîtres. Parce qu’au fond, l’argent demande une loyauté. Et il la demande autant à celui qui en manque – par fascination de ceux qui ont et par envie de ce qui le fait rêver –, qu’à celui qui en a – par peur de perdre et par logique insatiable du “toujours plus”.

 

Et voici le mensonge de l’argent : ce qu’il ne peut pas donner.
L’argent peut acheter un lit… mais pas le sommeil.
Il peut acheter de quoi manger… mais pas l’appétit.
Il peut acheter des soins… mais pas la santé.
Il peut acheter des relations… mais pas l’amour.
Il peut acheter des distractions… mais pas la joie.
Il peut acheter des assurances… mais pas la paix.

 

Quand on attend de l’argent ce qu’il ne peut pas donner, il devient une idole.
Une idole, c’est un dieu qui promet beaucoup et qui finit par vous prendre. Ce n’est plus vous qui possédez de l’argent, c’est lui qui vous possède.

 

Un signe de notre époque, c’est l’indifférence. On nous répète : « Déculpabilisez votre rapport à l’argent. L’argent n’a rien à voir avec la spiritualité. » Je pense l’inverse : le scandale n’est pas la culpabilité. Le scandale, c’est l’indifférence. Plus avoir de l’argent devient “normal”, plus on s’habitue à des injustices énormes. On se raconte des histoires : « c’est la mondialisation », « c’est la loi du marché », « on ne peut rien faire ». Et pendant qu’on se résigne, l’argent travaille en silence : il sépare, il hiérarchise, il humilie, il rend cynique.

 

Regardez nos débats : d’un côté, on demande la sobriété… surtout à ceux qui n’ont déjà pas les moyens d’être sobres. De l’autre, on réclame le pouvoir d’achat… sans jamais dire clairement qui doit renoncer à quoi. Résultat : les pauvres se sentent méprisés, les riches se sentent accusés, et le bien commun disparaît. Spirituellement, c’est la même logique : chacun se protège, chacun se compare, chacun s’endurcit.

 

Alors je vous pose une question, très simple : quand il s’agit d’argent… qui décide en vous ?
Votre peur de perdre ? Votre besoin de paraître ? Votre besoin d’être reconnu ? Votre ressentiment ? Ou votre liberté ?

 

C’est là que la Bible devient redoutable. Dans le livre des Actes, Ananias et Saphira ne sont pas jugés parce qu’ils n’ont pas tout donné. Ils sont jugés parce qu’ils ont voulu acheter une réputation spirituelle avec un geste qui n’était pas vrai. Ils ont voulu “paraître” généreux. L’argent est devenu mensonge. Et c’est toujours le risque : utiliser l’argent pour fabriquer une image, au lieu de dire la vérité de son cœur.

 

Donc, non : la question n’est pas “combien je donne à l’Eglise, quel pourcentage ?”
La question est : est-ce libre ? est-ce vrai ? est-ce joyeux ? Ou est-ce contraint, culpabilisé, calculé, rancunier ? La sortie n’est pas d’abord morale. Elle est spirituelle. Et elle est étonnamment concrète.

 

Premier geste : donner.
Pas pour “payer Dieu”. Pas pour acheter une bonne conscience. Pas pour se donner le droit de se désintéresser des autres. Donner pour casser un pouvoir. Donner pour dire à l’argent : « Tu n’es pas mon maître. » Il y a des gens qui attendent d’avoir “assez” pour donner. Mais si l’argent est une puissance, on ne la neutralise pas en attendant. On la neutralise en posant un acte de liberté.

 

Et il y a un point décisif : justice et amour ne s’opposent pas. La justice est la face concrète de l’amour. L’amour est l’aiguillon de la justice. Sans justice, l’amour devient un sentiment flou. Sans amour, la justice devient froide, vengeresse, humiliant les autres.

 

Deuxième geste : consacrer.
Consacrer, c’est orienter son argent vers ce qui compte vraiment, vers ce qui sert le projet de Dieu : la vie, l’amour, la joie, le beau, vers le commun, vers la justice. Sanctifier l’argent, ce n’est pas seulement colmater l’urgence, mettre un pansement pour permettre au système de continuer à broyer des gens. C’est investir dans la vie : relever, émanciper, rendre possible l’avenir, protéger les plus fragiles, créer du lien. Là, l’argent cesse d’être un veau d’or. Il devient une semence.

 

Et si vous êtes responsable d’Église, la question devient très concrète : notre argent, nos bâtiments, nos réserves… à qui appartiennent-elles ? À notre peur ? À notre réputation ? À notre paroisse comme à un coffre-fort ? Ou au Christ – donc au corps tout entier – donc à la mission – donc au prochain ? Une réserve peut être prudence. Mais la thésaurisation est souvent une liturgie de la peur. Ce qui dort au coffre endort le cœur. Ce qui circule, au service du commun, devient fécond.

 

Je vous laisse avec une question unique : non pas « qu’est-ce que tu as dans la poche ? » mais « à qui appartiens-tu ? » Cette semaine, faites une chose très simple : regardez vos dépenses comme une liturgie. À quoi rendez-vous un culte ? Et choisissez un acte libre – petit ou grand – qui dit la vérité de ce qui compte vraiment pour vous. Sans chagrin. Sans contrainte. Avec joie. Parce qu’au fond, l’argent ressemble au fumier : s’il reste en tas, il sent mauvais. S’il est répandu à bon escient, il peut rendre la terre féconde.

 

Pasteur Samuel AMEDRO

 

 

édito vidéo : mars 26
édito vidéo : mars 26
édito vidéo : février 26
édito vidéo : février 26
édito vidéo : janvier 26
édito vidéo : janvier 26
Message de Pâques 2026
Message de Pâques 2026
En ce dimanche de Pâques et dans la joie du Christ ressuscité, retrouvez le message commun de l'UEPAL et l'EPUdF.
Réponse de l’UEPAL et de l’EPUdF aux textes « Kairos Palestine »
Réponse de l’UEPAL et de l’EPUdF aux textes « Kairos Palestine »
Fin mars 2026, l'UEPAL et l'EPUdF ont répondu par une lettre commune, aux deux documents "Kairos Palestine".
Un temps de relecture et de foi pour Pâques avec Théovie
Un temps de relecture et de foi pour Pâques avec Théovie
Découvrez les parcours en lien avec Pâques sur Théovie.
Echos du Conseil national de mars 2026
Echos du Conseil national de mars 2026
Les essentiels du Conseil national, réuni du 20 au 22 mars 2026.
Témoignage de Brice Deymié, pasteur de l’EPUdF au Liban
Témoignage de Brice Deymié, pasteur de l’EPUdF au Liban
Le bilan humain s'alourdit de jour en jour. Brice Deymié habite dans la capitale. Il témoigne de son quotidien marqué par la guerre omniprésente.
Vivre la semaine sainte
Vivre la semaine sainte
Découvrir la signification et la symbolique de chaque jour de la Semaine sainte des Rameaux à Pâques.
Prier pour le Moyen-Orient avec l’Action Chrétienne en Orient
Prier pour le Moyen-Orient avec l’Action Chrétienne en Orient
A l’heure où le choix de la guerre a de nouveau été fait et que le Moyen-Orient s’embrase, nous voulons porter dans la prière toutes les personnes qui subissent la violence de ce nouveau conflit et qui craignent pour leur vie et celles de leurs proches.
Le Défap : un service missionnaire au cœur de l’Église universelle
Le Défap : un service missionnaire au cœur de l’Église universelle
Par ses actions, le Défap fait vivre l’Église universelle à travers l’envoi et l’accueil de personnes, la solidarité, la formation et l’échange entre Églises locales et partenaires autour du monde.
Carême protestant 2026 : « L’audace de vivre, des gestes pour espérer”
Carême protestant 2026 : « L’audace de vivre, des gestes pour espérer”
Le carême protestant 2026, avec la pasteure Nathalie Chaumet de l’Église protestante unie de l’Etoile, abordera cette année le thème : “L’audace de vivre, des gestes pour espérer”.

Contact