Jeunesse : Bilan des Rencontres européennes de Taizé 2025

Fin décembre, Paris et l’Île-de-France se sont laissées traverser par un souffle venu de toute l’Europe. Accueillir, prier, déplacer ses habitudes : ces Rencontres Taizé ont été bien plus qu’un événement, une expérience qui transforme.

Les Rencontres européennes des jeunes de 18 à 35 ans, organisées par la communauté de Taizé, ce sont ces cinq jours de la fin décembre où Paris et l’Ile-de-France ont vu se rejoindre quelque 10.000 jeunes venus de toute l’Europe (et parfois de plus loin encore !) pour prier, se laisser accueillir, découvrir la région et son incroyable diversité, partager autour de textes bibliques, prendre le temps du silence, échanger sur un grand nombre de thématiques de l’existence…

 

Ces Rencontres ont eu plusieurs particularités remarquables. D’une part, elles ont été le fruit d’une volonté d’impliquer des paroisses de l’ensemble des départements d’Ile-de-France, mobilisées sur un pied d’égalité avec celles de la capitale, ce qui s’est traduit notamment par une première soirée dans les églises d’accueil autour d’un repas partagé. D’autre part, le pari d’accueillir l’ensemble des jeunes chez des hôtes a été réussi pour la première fois. Enfin, la volonté d’une démarche résolument œcuménique s’est matérialisée dans le dialogue constant avec les Eglises protestantes et orthodoxes, en parallèle de celui mené avec les institutions catholiques. La coordination de ces Rencontres était assurée par une équipe de dix-neuf bénévoles (œcuménique, internationale et multilingue), en plus de six frères de Taizé, de deux sœurs de la communauté de Saint-André et d’un couple qui travaille à Taizé depuis plusieurs décennies. L’une de mes deux missions dans l’équipe de bénévoles était d’assurer que le contact ait été pris avec l’ensemble des églises de l’EPUdF. Au-delà de cette équipe, près de 150 équipes locales se sont montées pour préparer l’accueil en paroisses, tandis qu’un autre groupe œcuménique d’une dizaine de personnes élaborait le programme des ateliers.

 

Pour celles et ceux qui les ont préparées, ces Rencontres ont donc commencé des semaines voire des mois auparavant. Dans ces Rencontres, il y a en effet celles qui sont planifiées et qu’on s’engage à rendre possibles, et toutes celles plus ou moins maîtrisées, plus ou moins inattendues qui jalonnent la préparation… Car pour permettre LES rencontres avec celles et ceux qui viennent de plus loin, de toute l’Europe, nous nous sommes mis(e)s en chemin et avons-nous aussi pris le temps de la rencontre au plus proche (qui est parfois bien lointain). Rencontre avec des frères et sœurs catholiques, orthodoxes ou d’autres dénominations protestantes déjà, mais aussi rencontres avec des membres de nos propres communautés, de nos voisinages, de notre région. Combien de fois avons-nous pu entendre dans les temps de bilan début janvier « c’est la première fois que j’entrais dans le temple/l’église d’à côté » ou « je ne nous savais pas capable de faire une chose pareille ensemble » et encore « nous avons organisé un covoiturage pour les jeunes et j’ai découvert que cette famille habitait dans ma rue » ? Ces rencontres nous ont parfois coûté mais elles nous ont aussi profondément nourris. Nous nous sommes découvert des capacités collectives et individuelles, nous nous sommes ouvert(e)s à d’autres et avons accepté d’être bousculé(e)s, de déplacer des chaises dans nos lieux de culte comme des tables dans nos lieux d’habitation, nous avons (ré)appris à faire de la place à l’inconnu dans nos vies maîtrisées.

 

Prendre le temps de la rencontre, ce n’est en effet pas quelque chose qui entre parfaitement dans un agenda. Organiser un tel événement ou « un événement de plus » ne va pas de soi. Il y a les paroisses où il y a tellement d’activités qu’ajouter les Rencontres semblait être un casse-tête spatio-temporel, tandis que pour d’autres la difficulté se situait plus sur le sentiment de ne pas être capables d’assumer un évènement de cette ampleur, par exemple sans pasteur. Pour certaines paroisses, dans les quartiers ou les villes les plus privilégiées, les départs en vacances présentaient un obstacle majeur pour trouver des hébergements et donc être paroisse d’accueil, tandis que d’autres s’inquiétaient des espaces de vie trop contraints pour pouvoir accueillir chez soi. Une telle préparation révèle donc aussi la complexité et la diversité de nos situations d’Eglise, ses fragilités mais aussi ses richesses. Nombreuses ont été les paroisses où les personnes ont réarrangé leur fin d’année, pris du temps pour rendre possible un accueil aussi vaste et chaleureux que possible. Certain(e)s ont dû convaincre leurs CP, d’autres leurs partenaires de vie, tandis que pour d’autres encore, tout semblait aller de soi, si ce n’est les nombreux imprévus (tantôt joyeux, tantôt laborieux) du travail collectif. Pour donner une idée de la participation des paroisses de l’EPUdF, sur les 82 églises considérées comme suffisamment accessibles de Paris pour accueillir des jeunes, 43 se sont mobilisées d’une façon ou d’une autre.

 

Ouvrir nos portes, que ce soit celles de nos églises ou celles de nos logis, cela n’allait pas toujours de soi. Mais le pari a été pris et il me semble qu’il a porté et portera encore longuement des fruits. J’ai vu la transformation de personnes qui accueillaient pour la première fois des inconnus dans leur foyer, la façon dont nous nous sommes appuyé(e)s les uns sur les autres (peu importe nos confessions) pour mener à bien les Rencontres, et aussi la façon dont des communautés ont pris le temps de nourrir des liens en leur sein ou avec d’autres. En ouvrant nos portes nous avons accueilli des jeunes indifféremment de leur confession, de leur pays d’origine ou de leur langue.

 

La communauté de Lagny, par exemple, a vécu un nouvel an inoubliable avec la prière pour la paix qui s’y est déroulée puis le la fête qui a suivi, tandis qu’à Chelles la célébration du premier janvier, à l’église de La Roseraie Saint Eloi, était célébrée par la pasteure et l’un des prêtres catholiques. Plus que des prières ponctuelles sur l’unité de l’Église, c’est le processus lui-même qui a donc été œcuménique.

 

Bien sûr, cela ne s’est pas fait sans accrocs. Il y a eu des rencontres manquées, d’autres où on a pu se sentir incompris ou insuffisamment pris en compte. Loin de rendre la démarche œcuménique caduque, il me semble que cela indique l’urgence de poursuivre les expériences qui nous font traverser réellement des frontières, en partageant ouvertement sur les difficultés rencontrées et nos moments de découragement.

 

Un grand merci à toutes celles et ceux grâce auxquels ce pari de la confiance a été relevé. Sans toutes et tous, ouvriers de la première ou de la dernière heure, ces Rencontres n’auraient pu être possibles. Souhaitons que, pareils aux sages qui se sont mis en route en suivant une étoile, cette rencontre nous ait transformés et nous conduise sur d’autres chemins.

 

                                                                 Léo Calame,

                                                                 Volontaire de Taizé et membre du SRJ

                                                                 (Service régional jeunesse de la région parisienne)

 

Le Paris protestant aux Rencontres européennes de Taizé

Pour le Nouvel An, près de 10 000 jeunes ont convergé de toute l’Europe vers Paris, à l’invitation de la communauté de Taizé. Les Églises chrétiennes de toutes confessions les ont accueillis. Côté protestant, des ateliers ont eu lieu dans les temples réformés de l’Étoile, de Pentemont et du Luxembourg, du Marais, du Saint-Esprit et chez les diaconesses de Reuilly. Le soir, les participants étaient réunis à l’Arena de Bercy. En plus des chants de Taizé dans toutes les langues, le livret contenait le Psaume 92, “Oh que c’est chose belle…”, qui a été entonné avec de drôles d’accents !

 

Lundi 29 décembre, la Fédé des jeunes protestants (FFACE) a animé un jeu de piste, du Luxembourg à l’Oratoire du Louvre. Il se déroulait en 1591, à la fin des guerres de Religion. Cela n’a pas manqué de soulever des questions sur les réseaux sociaux : n’était-ce pas paradoxal d’évoquer cette période de déchirement à un rassemblement œcuménique ?

 

En janvier 1591, la capitale de la France est assiégée par son propre roi, Henri IV. Le roi précédent, Henri III, a été assassiné deux ans auparavant par un dominicain fanatique. La couronne est alors passée du dernier des Valois au premier des Bourbons, d’un roi catholique à un roi protestant. Henri IV ne s’est pas encore converti, il n’a pas été sacré ; la Ligue soulève les provinces et retient Paris confiné. Ils refusent qu’un « hérétique » règne sur la « Fille aînée de l’Église ». Ils fantasment une France monolithique, qui a assimilé ou déporté les minorités. Ces « ultras » attisent la haine, raniment la guerre civile, souhaitent une épuration plus meurtrière encore que le massacre de la Saint-Barthélemy, il y a vingt ans.

 

De son côté, Henri IV rallie « sous son panache blanc » des huguenots et des catholiques « politiques », qui estiment que la paix et le droit priment sur les considérations religieuses. Le roi promet amnistie, tolérance et réconciliation. Chaque parti est soutenu militairement par des pays européens.

 

Dans le jeu de piste, nous étions une équipe de jeunes cachée dans Paris, membre des forces françaises de l’intérieur. La milice patrouillait dans les rues de Paris, terrorisant la population. Une société occulte, le Conseil des Seize, avait préparé une catastrophe environnementale pour accuser Henri IV d’empoisonnement, manipuler l’opinion et le discréditer définitivement. Pour déjouer le complot, il a fallu emprunter des souterrains et des passages secrets, déchiffrer des lettres cryptées, interpréter des blasons et des symboles ésotériques.

 

C’était en fait une réflexion sur les dérives religieuses du XXIe siècle. Nos contemporains sont déboussolés par la modernité, l’individualisation des croyances, la sécularisation de la société, et opèrent un repli identitaire. Aux États-Unis, l’extrême-droite trumpiste instrumentalise le christianisme évangélique, comme le font en France les milliardaires Pierre-Edouard Stérin et Vincent Bolloré avec le catholicisme. Ils sont rétrogrades, nationalistes, climatosceptiques, antiféministes, homophobes, contre les mouvements de réduction des inégalités. Ils croient que la fin justifie les moyens, détruisent les valeurs de vérité et de justice. Ils se servent de la foi comme d’une carapace, qui enferme.

 

Face à eux, des chrétiens comme les frères de Taizé résistent. La foi est pour eux une colonne vertébrale qui redresse, permet d’aller vers l’autre, s’ouvrir au dialogue interculturel et interreligieux. Nous pensons qu’ils défendent ainsi le message des Évangiles. Jésus, le Christ, parlait et soignait les exclus de la société ; il a prêché un Dieu qui aime chacune et chacun sans condition, et nous a invité à faire de même.

 

Gustave Braastad

 

> Livret de jeu à télécharger sur www.jeunesprotestants.fr/double-jeu-de-seine

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