Chronique historique : Baltard, construire pour son temps

Lorsqu’en 1973, Pompidou décida de raser le ventre de Paris et que dans un grand nuage de poussière s’écroulèrent ces temples du commerce, qui se souvenait encore que Baltard était protestant ?

Élevé dans le luthéranisme auquel sa mère s’était convertie, Victor Baltard, né en 1805, est lui-même fils d’architecte. Reçu premier prix d’architecture à l’école des Beaux-Arts alors qu’il n’a que 18 ans, il remporte le Grand-Prix de Rome en 1833, la même année que son mariage à l’église des Billettes. Cette distinction lui permet de séjourner quatre ans à la villa Médicis où il fait la rencontre d’un certain Ingres et de son ami peintre et collaborateur Flandrin.

 

Baltard rentre en France alors que les cendres de Napoléon s’installent aux Invalides. Premier au concours d’architecte pour la construction du tombeau de l’empereur, il n’est pourtant pas retenu mais cela lui permet de devenir inspecteur des Beaux-Arts puis architecte de la ville de Paris.

 

Son nom reste associé – avec son ami le baron Haussmann, également luthérien – aux grands projets architecturaux du Second Empire. Dès 1848, Louis-Napoléon Bonaparte veut moderniser Paris et confie à Baltard la construction de halles. En effet, l’antique marché installé depuis le XIIème siècle sur la rive droite de la Seine, la halle aux blés et le marché des Innocents du XVIIIème siècle ne correspondent plus à la croissance de la population et aux exigences modernes.

 

Mais Baltard reste classique et construit un pavillon massif en pierres que l’on surnomma :

« Le fort des Halles ». Il fut démoli en 1866. Inspiré par la gare de l’Est et le Crystal Palace londonnien, et peut-être – allez savoir – le souvenir du temple de Charenton, Baltard propose ensuite ses fameuses halles en fonte, en fer et en verre. Il répond ainsi à la demande de l’empereur qui avait déclaré : « Ce sont de vastes parapluies qu’il me faut, rien de plus ! »

 

Ces douze pavillons, symbole de cette France de la fin du XIXème siècle allaient devenir mythique et trouver leur éternel surnom lorsque Zola y implanta le décor de son troisième volet des Rougon-Macquart, Le Ventre de Paris.

 

Baltard œuvra aussi en parallèle pour l’architecture religieuse de Paris. On le retrouve à la restauration des églises St-Eustache, St-Merri, St-Séverin, St Thomas-d’Aquin, St-Philippe-du-Roule et dans les peintures murales de St-Germain-des-Prés. Son chef-d’œuvre est sans doute l’église St-Augustin qui, grâce à son armature de fer et ses piliers en fonte, peut élever son dôme de 80m de haut, dominant le carrefour des boulevards Haussmann et Malesherbes.

 

Un temple protestant est prévu en face de cette église. L’impératrice Eugénie refuse catégoriquement et relègue le projet dans une rue adjacente : la rue Roquépine. Le temple du St-Esprit, inauguré en 1865, est remarquable par sa façade sobre malgré ses colonnes et son clocheton, et sa verrière zénithale qui éclaire une vaste salle de 700 places. Le motif en X que l’on retrouve sur les menuiseries, inspiré des moucharabiehs, est un motif phare de l’œuvre de Baltard. Son plan octogonal, rappel du temple de la Rochelle du XVIème siècle, avait déjà été utilisé par Baltard pour la construction du temple de Nérac en 1858.

 

On lui doit aussi le réaménagement de l’abbatiale de Pentemont en 1844, et les plans de l’église luthérienne de la Résurrection (XVème arrondissement).

 

Lorsqu’il meurt au début de l’année 1874, couronné de gloire et d’honneurs, ses obsèques sont célébrées à l’église luthérienne de la Rédemption (rue Chauchat).

 

Pasteur Pierre-Adrien DUMAS

Sources :

  • CABANEL Patrick et ENCREVÉ André (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français, de 1787 à nos jours, Éditions de Paris – Max Chaleil, Paris, 2015, Tome 1 : A-C, p.140-141.
  • GUICHARNAUD Hélène et GUTTINGER Christiane, Temples réformés et églises luthériennes de Paris, Éditions La Voix protestante, Paris, 2013.
  • Musée virtuel du protestantisme
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