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Il est impossible de parler de confiance sans aussitôt voir surgir le paradoxe. Comment connaître et vivre la confiance alors que la défiance et le soupçon gangrènent tout, depuis la vie en société jusque dans nos vies intimes. Dans ce monde, y a-t-il encore de la place pour la confiance ? Ne serait-elle pas le signe d’une grande naïveté ? Une illusion ou pire, un privilège que l’on réserve à un cercle restreint pour se mettre à l’abri dans un entre-soi rassurant ? Dès notre plus jeune âge, on nous apprend à nous méfier. Non sans quelques raisons parfois très valables, on apprend à nos enfants à se méfier des adultes, aux femmes à se protéger des hommes, aux citoyens à se défier des médias, des politiques, des experts et des scientifiques, et même des religieux … Nous sommes tous pris dans un véritable « Contrat de défiance » dans lequel tout le monde se méfie de tout le monde.

 

On en arrive même à se méfier de la réalité elle-même ! Existe-t-elle vraiment ? Thomas Legrand dans le journal Libération du 28 août 2025 fait la recension du dernier livre du sociologue Gérald Bronner « À l’assaut du réel » (PUF 2025) : « Devant le grand floutage entre le vrai et le faux, le réel et l’illusion, nous sommes passés en quelques années de cette idée, déjà effrayante, selon laquelle le vrai est devenue une opinion comme une autre, à cette autre idée, plus déstabilisante encore, selon laquelle le réel est désormais une fiction comme une autre. »  Le monde est décidément trop complexe. Tout interagit avec tout. La plupart de ce qui fonctionne autour de nous (l’administration, nos smartphones, nos voitures, les réseaux sociaux, etc.) fonctionne selon des lois qui échappent au commun des mortels. D’autant que notre univers est aussi peuplé, non pas d’éléments tangibles, mais de leur représentation via des écrans qui s’interposent et nous pré-digèrent la réalité. Certains en arrivent logiquement à penser qu’elle n’existe pas vraiment et qu’au fond, il n’y a que des points de vue en fonction d’une expérience personnelle. Alors ils s’en remettent à ce qu’ils croient savoir, à leur ressenti, leur intuition, à leur désir… « C’est l’obsession ultime de notre espèce que de plier le réel à nos aspirations. » dit Gérald Bronner. Et nous avons appelé cela le progrès ! Mais est-il possible que puissions conserver un socle commun d’appréhension du réel qui, de fait, est de moins en moins construit à partir du désir collectif et de plus en plus à partir de nos désirs personnels ? Or, comme le disait déjà Machiavel au XVIe siècle (« Le Prince » Flammarion, 1992) : « Les désirs de l’homme sont insatiables : il est dans sa nature de vouloir, et de pouvoir tout désirer, il n’est pas à sa portée de tout acquérir. Il en résulte pour lui un mécontentement habituel et le dégoût de ce qu’il possède ; c’est ce qui lui fait blâmer le présent, louer le passé, désirer l’avenir, et tout cela, sans aucun motif raisonnable. »

 

Michela Marzano analyse ce « Contrat de défiance » (Grasset, 2010) : « La foi béate, pas plus que les relations contractuelles ou la confiance en soi, ne saurait instaurer un véritable lien de confiance ; comment celui-ci peut-il alors se nouer ? »

 

Parce que, en vérité, nous n’avons pas d’autre choix que de faire confiance si nous voulons créer un monde en commun. Parce qu’il nous est impossible de tout comprendre, de tout vérifier, de tout expérimenter par nous-même, nous devons essayer de nous accorder sur ce qui est réel, ce qui est vrai, ce qui a de la valeur.

 

Alors, quelles sont les conditions de la confiance ?

 

La confiance est un choix de vie : je décide (ou non) de bâtir ma vie sur la confiance. Ce choix n’est possible que si j’accepte d’être vulnérable : la possibilité de la trahison ou de la déception sera toujours présente… Elle est le corollaire inévitable de la confiance par laquelle je m’en remets à quelqu’un d’autre. D’une certaine manière je me rends vulnérable en me confiant en l’autre qui pourrait me faire souffrir et je l’accepte comme le risque d’être vivant. Il faut donc que chacun renonce à son désir d’emprise et de domination des autres.

 

Être capable de faire ce pari de la confiance n’est possible que si je me sens libre. Libre de mes colères, libre de ma peur de perdre, de l’inquiétude de ne pas tout comprendre, tout maîtriser, libre de l’idée que je vais me faire avoir et qu’on va se moquer de moi, libre vis-à-vis de l’image de moi, de mon ego. Libre en moi-même, au plus profond. 

 

La confiance ne peut donc être ni exigée ni construite. C’est un chemin intérieur de chaque instant qui s’enracine dans le regard que je porte sur moi-même, sur les autres et sur le monde. Elle relève de l’économie du don et non de l’échange ou du contrat. Elle prend racine dans la gratitude de ce qui m’a été donné et elle regarde l’avenir dans l’espérance de ce qui m’a été promis. Elle regarde donc vers Celui qui nous donne cette liberté intérieure qui nous arrache à la peur et à l’absurde. Par Celui qui nous a donné la vie et qui nous promet la résurrection, nous pouvons regarder le monde et les autres avec l’amour inconditionnel qui seul ouvre la porte de la confiance. Sans l’expérience de l’amour, un amour qui prend soin de nous tout en nous donnant des instruments pour que nous puissions nous sentir libres, nous ne pouvons ni avoir confiance en nous, ni faire confiance aux autres. On donne son amour comme on donne sa confiance. Et donner sa confiance, c’est au fond sortir de l’impasse de la peur, de l’angoisse, voire de la paranoïa. C’est s’ouvrir à la vie vivante.

 

Pasteur Samuel AMEDRO

 

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