Chronique historique : un christianisme social

Alors que la capitale se relevait des évènements tragiques de la Commune, une poignée de pasteurs et de fidèles s’émurent de la situation sociale des ouvriers parisiens. Ils décidèrent alors de mieux conjuguer foi et action sociale.
Un des premiers pasteurs à penser qu’il fallait s’intéresser et venir en aide aux franges les plus populaires, s’appelait Robert McAll. Né en 1821 en Écosse, et alors qu’il est pasteur à Birmingham, il décide de venir à Paris à l’été 1871 sur les braises encore chaudes de l’insurrection. Dans les banlieues et surtout dans le quartier de Belleville, il est frappé par la pauvreté matérielle, intellectuelle et spirituelle des ouvriers. Alors qu’il se met à distribuer des tracts et des Nouveaux Testaments, voici qu’il est interpellé dans ces termes : « Dans ce quartier qui contient des ouvriers par dizaines de mille, nous ne pouvons accepter une religion imposée mais si quelqu’un venait prêcher un autre genre de religion, une religion de liberté et de réalité, alors beaucoup d’entre nous serions prêts à l’écouter. » Cette invitation résonne pour McAll comme l’appel du Macédonien pour l’apôtre Paul. Il y puise toute sa volonté pour faire naître la Mission McAll devenue en 1879 et jusqu’à aujourd’hui la Mission populaire évangélique. Fondée sur deux actions principales : annoncer l’Évangile et venir en aide aux plus démunies, elle est l’illustration même du mouvement du Christianisme social qui émerge dans ces mêmes décennies.
Il faut alors citer une figure majeure : Tommy Fallot (1844-1904). Élevé au Ban-de-la-Roche dans le souvenir de l’action d’Oberlin, le pasteur Fallot suit avec enthousiasme le Réveil lancé par McAll. Il devient le penseur d’un socialisme chrétien allant jusqu’à prêcher de la sorte : « Le socialisme a emprunté à l’Évangile une partie de son programme. Il veut constituer la société sur les bases de la justice. L’Évangile le veut aussi. À cet égard, blâmer le socialisme serait condamner l’Évangile et les prophètes ».

 

Ils sont alors nombreux – et de tous les courants théologiques – ceux qui adhèrent à ce grand mouvement qui promeut la justice sociale plutôt que la charité qui se donne bonne conscience. Parmi les pasteurs il y a des penseurs comme Raoul Allier ou Charles Wagner, et d’autres qui ont consacré tout leurs ministères à cette théologie : Wilfred Monod, Jules Jézéquel ou bien encore Élie Gounelle et Henri Nick.

 

Pasteurs à Rouen, Laval, Roubaix ou Lille, tous ont créé des foyers populaires où, en plus des cultes, se tenaient des réunions de prévention contre l’alcool ou la prostitution, offrant des aides matérielles et morales. Ces « fraternités » permettaient aux ouvriers de se réunir et d’avoir accès à des bibliothèques, des colonies de vacances, à un environnement sain.

 

Après la Première Guerre mondiale, les questions autour du pacifisme chrétien ainsi que de l’œcuménisme voient le jour. Du côté catholique, en effet, un mouvement parallèle était apparu suite à l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII qui institue la doctrine sociale de l’Église.

 

Ainsi des objecteurs de conscience comme des économistes (disciples de Charles Gide, fondateur du mouvement coopératif et théoricien de l’économie sociale) poursuivront jusqu’à aujourd’hui la lutte contre les fléaux sociaux nourrie par leur foi ancrée dans un Évangile de justice.

 

Pasteur Pierre-Adrien DUMAS

 

Source :
Musée virtuel du protestantisme

 

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