Édito vidéo : Avril 25

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Je rêve de lancer un appel solennel à l’Église du Christ

Ou « L’heure de la résistance a sonné »

 

 

Ressentez-vous comme moi cette insoutenable légèreté de la banalité du mal ? « A force de tout voir on finit par tout supporter… A force de tout supporter on finit par tout tolérer… A force de tout tolérer on finit par tout accepter… A force de tout accepter on finit par tout approuver ! » Ces mots attribués à Saint Augustin me stimulent pour ne pas nous laisser piéger par l’élargissement de la fenêtre d’Overton qui explique comment certaines idées, initialement considérées comme inacceptables ou extrêmes, peuvent devenir progressivement socialement acceptables, puis même politiquement applicables, grâce à une stratégie de déplacement des normes.

 

Face à l’absurde d’un monde incompréhensible voire insensé, la brutalité de la violence ordinaire, la prédation débridée des puissants, la démocratie qui vacille devant les dirigeants aux ambitions totalitaires et la guerre qui semble inévitable, nous sommes pris par un mouvement de recul face au monde et mettons en œuvre des attitudes qui ressemblent furieusement à des mécanismes de protection :

– la fuite dans une spiritualité éthérée au nom du principe que la foi et la religion ne doivent pas faire de politique

– le refuge dans un nid douillet que l’on se concocte dans son coin en construisant des îlots qui préservent notre confort et notre sécurité

– l’illusion du colibri quand chacun apporte sa goutte d’eau, agit à sa petite échelle pour faire ce qu’il peut même si objectivement cela ne change rien à la marche du monde. Est-ce qu’on ne se donne pas bonne conscience à peu de frais ?

– la posture de dénonciation qui qualifie des humains de monstres comme s’ils ne faisaient pas partie de l’humanité. On qualifie les barbares de fous ou de méchants et la violence n’est plus qu’une pathologie psychosociale.

– la résignation désespérée qui se réfugie dans le cynisme ou la dérision où l’on apprend à rire de tout puisqu’on ne peut rien y changer.

– le divertissement au sens pascalien qui nous aide à détourner le regard de ce qui nous dérange en rétrécissant le champ de notre attention

– la tentation du complotisme qui désigne des coupables en nous plaçant dans le camp des victimes grâce au mécanisme puissant du bouc émissaire et qui justifie une violence purificatrice de la guerre sainte.

 

Comme le dit si bien le philosophe canadien Charles Taylor, « Toutes ces stratégies apaisent le sentiment qu’il y a quelque chose de profondément mauvais dans l’univers, que le monde est tellement vicié qu’il constitue un spectacle presque insoutenable. Ces réactions par l’exclusion ou la distance nous empêchent d’être bouleversés, submergés ; elles nous permettent de conserver notre sang-froid. » (L’âge séculier, p. 1152)

 

Alors, avons-nous quelque chose à dire ou à faire en tant que chrétiens qui refusent ces stratégies de contournement voire d’aveuglement ? Pouvons-nous décider de faire partie de la solution et pas seulement du problème ? Pouvons-nous espérer apaiser le monde, le réparer selon l’expression juive du « tiqqoun olam » ? Permettez-moi d’esquisser quelques propositions concrètes articulées à des convictions fortes.

 

D’abord, je crois urgent de sortir d’un engourdissement de nos convictions chrétiennes pour retrouver toute leur radicalité. A foi molle, engagement faible, résistance nulle… Je crois à la radicalité de l’Amour de Dieu jusqu’à la folie de la Croix. Je crois à la radicalité de la Justice qui en est la traduction politique. Je crois à la radicalité libératrice de la Vérité qui met en lumière ce mal qui nous contamine et nous emprisonne. Je crois qu’il est plus que temps de sortir de notre apathie pour assumer ce que nous croyons à la face du monde. Pour le dire avec les mots de l’Apôtre Paul : « Je n’ai pas honte de l’Évangile car il est puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » (Rom 1,16) Je crois aussi que le Christ vomit les tièdes selon le mot de l’Apocalypse (Ap 3,14-16). Je rêve de lancer un appel solennel au Réveil de l’Église du Christ pour qu’elle retrouve la force de l’Amour dont elle vit et qu’elle cesse d’avoir peur et de s’autocensurer.

 

Je crois aussi qu’en Jésus le Christ, le Royaume de Dieu s’est approché et que, par l’engagement des chrétiens, membres de son Corps, il est déjà à l’œuvre ici et maintenant. Je crois fondamentalement que le Royaume de Dieu est construit sur l’amour et la réconciliation et qu’il est systématiquement contrarié et abîmé par tout ce qui fabrique de l’exclusion et du rejet. Comme le dit l’Apôtre Paul, « Il a abattu le mur qui les séparait et qui en faisait des ennemis. (…) c’est ainsi qu’il a établi la paix. Par sa mort sur la croix, le Christ les a tous réunis en un seul corps et il les a réconciliés avec Dieu ; par la croix, il a détruit la haine » (Éphésiens 2,14-16). Autrement dit, en tant que témoins du Royaume, les chrétiens ne sont pas appelés à détruire, à éliminer ou à exclure leurs ennemis mais à essayer de changer leur cœur pour qu’ils (re)deviennent des frères et des sœurs. Je rêve de lancer un appel solennel pour que l’Église du Christ se débarrasse définitivement de la fascination pour le pouvoir et la puissance pour concentrer toute sa force d’action au service de la Justice et de l’Amour.

 

Je crois que, pour y parvenir et ne pas se contenter de belles déclarations de principe, le chrétien doit prendre conscience qu’il n’est pas le Corps du Christ à lui tout seul. Autrement dit, rien n’est possible à une personne qui agit en solitaire si ce n’est d’être broyée par le système et de mourir en martyr sans que rien ne change. L’action ne peut donc être qu’une action de masse du Corps du Christ qui agit en tant que peuple et qui se lève ensemble pour entrer en résistance. Résister au mal n’appartient ni aux dirigeants des Églises, ni aux stratèges, ni aux communicants mais aux disciples qui se dressent ensemble pour se mettre en travers pour s’opposer et mettre une limite à l’emprise du mauvais. Parce que la violence et la haine restent toujours tapies dans l’ombre, y compris dans le cœur des chrétiens, il est presqu’impossible à un homme seul, y compris animé d’une foi la plus profonde, de résister à la tentation. Le Corps du Christ le peut, lui. Unis, il devient possible de porter ensemble l’immense difficulté de vivre l’amour en paroles et en actes. Se rassembler pour être capables de se dépasser. Voilà l’enjeu. La vulnérabilité des uns et des autres devient une force quand elle est portée par le Corps. Je rêve de lancer un appel solennel pour que l’Église du Christ se lève en masse, par-delà les frontières confessionnelles et territoriales, pour coordonner son action et lui donner une chance de changer le monde.

 

Je crois que si nous répondons à l’hostilité par l’hostilité, nous serons happés dans la spirale de la violence et nos objectifs seront pervertis par des moyens aussi indignes qu’inefficaces. La violence répondra à la violence et il n’y aura que des perdants souillés et des vaincus humiliés. Aucun frère d’âme ne peut naître du processus de violence, d’exclusion et de haine. Pour transformer le cœur de son ennemi, il faut parler à ce qui fait de lui un frère, à son âme, à l’image de Dieu qui a été déposée en lui et au visage du Christ qui doit pouvoir être vu sur son visage. Pour cela, il faut, par notre action résolue, susciter en lui une crise de conscience qui lui mette sous le nez et dans la non-violence radicale le miroir de son action destructrice : « Regarde, mon frère, ma sœur, regarde ce que tu es en train de faire. Regarde la destruction, les larmes, la détresse que tu es en train de produire. Es-tu tranquille avec cela ? Vas-tu bien dormir avec cela ? Es-tu en paix avec toi-même ? Peux-tu encore te regarder dans le miroir sans honte ? Ce que tu nous fais, tu te le fais à toi-même. Tu es en train de te détruire toi-même. » Pour être capables de faire cela, nous devons être portés par la foi qu’il y a en lui autre chose qu’un monstre ou un fou. Réveiller l’âme de son ennemi, c’est espérer en la puissance de l’amour de Dieu pour transformer le Mal. Alors oui, il faut le dire sans détour, nous allons souffrir. Mais qui a dit qu’être disciple du Christ serait un chemin parsemé de roses ? Il y aura de l’humiliation, de la souffrance, des échecs, du malheur, des conséquences douloureuses à la crise de conscience que nous provoquerons mais c’est déjà le cas aujourd’hui et nous les porterons ensemble en communion avec le Christ sur la Croix. Je rêve de lancer un appel solennel au peuple de Dieu pour qu’il s’interpose et résiste au méchant en le remettant face à sa conscience.

 

Alors, par la force d’aimer dont parlait Martin Luther King, nous pourrons ensemble mettre une limite à la folie meurtrière et destructrice qui s’est emparée du monde. Puissions-nous être et demeurer unis, portés par cette irréductible espérance !

 

Pasteur Samuel AMEDRO

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