Chronique historique : Y a-t-il des traditions de Pâques ?

Si la fête de Noël a suscité de très nombreuses traditions variées chez toutes les confessions chrétiennes autour du monde, la fête de Pâques – pourtant la plus importante de l'année – ne semble pas être autant entourée de folklores. Quoique...

La période de l’Avent qui précède Noël est un temps fait d’agitations où il s’agit de décorer la maison et le sapin de lumières et de guirlandes, où l’on fabrique des montagnes de gourmandises, où nous nous réunissons pour chanter des noëls. Avant Pâques, il existe bien le Carême mais les protestants l’ont largement évacué n’y voyant qu’une opération pour se garantir son Salut par des œuvres expiatoires. Quand on prêche le Salut par la grâce, le Carême fait tâche ! Ainsi, la tradition protestante ne se prépare-t-elle pas avec autant de rituels à la fête de Pâques. D’ailleurs, connaissons-nous autant de cantiques de Pâques que de cantiques de Noël ?

 

Commençons d’abord par la Semaine sainte. Je dois me faire l’écho d’une tradition provençale qui consiste à déguster le dimanche des Rameaux un ragoût de pois chiches, grandement amélioré dans les Cévennes par un « garou », spécialité charcutière consistant en une panse de porc farcie. Lorsque je demandais à ma grand-mère d’où venait cette tradition, elle me répétait : « Parce que Jésus a traversé un champ de pois-chiches avant d’entrer à Jérusalem. » Exégèse pittoresque mais guère convaincante… La tradition remonterait à un jour où la famine sévissait à Marseille. Des bateaux chargés de pois-chiches seraient entrés dans le port sauvant ainsi miraculeusement le peuple.

 

Dans d’autres régions, plus à l’Est, il est de coutume de confectionner un arbre de Pâques. Au sortir du rigoureux hiver, il s’agit de décorer des branches d’arbres encore nues par une multitude d’oeufs de toutes les couleurs. Une manière d’hâter le printemps ou bien de symboliser la vie qui gagne toujours sur ce qui semblait mort…

 

Mais cette coutume met en avant ce qui est devenu l’emblême des fêtes de Pâques : l’oeuf. La tradition catholique défendait de consommer des œufs durant le temps du Carême. Or, c’est justement le moment où les poules se remettent à pondre abondamment. Se retrouvant ainsi avec un grand stock d’oeufs, les chrétiens se sont mis à les décorer. L’image du poussin qui brise sa coquille pour naître à la vie fut également utilisée comme parallèle avec le récit pascal.

 

Cette consommation d’oeufs à la fin du Carême a donné naissance à une autre tradition : l’omelette pascale. Dans de nombreux terroirs français, principalement dans le Sud, les jeunes profitaient du lundi de Pâques pour s’en aller en pique-nique où était dégustée une omelette.

 

Autre incontournable de ce week-end pascal mais plus récent : la chasse aux œufs. Lorsque, progressivement au long du XXème siècle, les œufs de poule sont devenus œufs en chocolat les enfants ont pris l’habitude de les chercher dans les jardins et les parcs. Le catholicisme enrobant cette pratique d’une légende affirmant que ce sont les cloches au retour de Rome qui les sèment dans les prairies…

 

Oui les cloches, car voilà un éternel sujet de discordes entre catholiques et protestants. Si du côté catholique les cloches cessent de sonner à partir du soir du Jeudi-Saint et jusqu’à l’aube de Pâques où elles carillonnent à nouveau avec joie, du côté protestant, pas de distinction : les cloches sonnent invariablement toute l’année. Voilà pourquoi les enfants allemands ou suisses, pensent que ce sont des lapins de Pâques qui déposent ces friandises dans les jardins. Le lapin ou le lièvre étant associé à la fécondité et au renouveau.

 

Enfin, ce qui est sans doute, pour les protestants, la tradition la plus répandue et la plus marquante, c’est le chant d’un cantique bien particulier : A toi la gloire ! La mélodie de ce cantique nous vient de Haendel, le grand musicien anglais d’origine allemande qui compose en 1746 pour le troisième acte de son oratorio Judas Maccabaeus un choeur triomphant (See, the Conqu’ring Hero Comes !) pour célébrer la victoire des Hébreux contre les Séleucides. Il faut attendre 1884 pour que le suisse Edmond Louis Bury (1854-1932), pasteur de l’Eglise libre signe les paroles que nous connaissons. D’abord chanté dans le milieu évangélique, il intègre le recueil Louange et prière en 1938 et devient le cantique le plus populaire du protestantisme français.

 

C’est avec lui qu’incontestablement nous aimons le plus vivre cette belle fête de Pâques où nous célébrons avant tout la victoire de celui qui est la résurrection et la vie !

 

Pasteur Pierre-Adrien DUMAS

 

 

Sources :

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