à quoi ça sert : le baptême

Un simple geste, quelques gouttes d’eau… et bien des questions ! Faut-il être baptisé pour être chrétien ? Que signifie vraiment cette cérémonie, célébrée depuis les premiers temps du christianisme ? Entre idées reçues et convictions profondes, éclairage sur un rite qui traverse les siècles.

Le baptême, à quoi ça sert ?

 

Réponse courte, et volontairement provocatrice : le baptême ne sert à rien. En effet, le baptême n’est pas un acte magique : il n’apporte rien qui n’ait été auparavant donné par Dieu. Rappelons la définition du sacrement, souvent attribuée à Augustin (354-430) : « signe visible d’une grâce invisible ».

 

Exit donc l’argument de nécessité du baptême pour épargner les limbes aux enfants en cas de décès prématuré : l’église catholique, dans laquelle s’était répandue cette croyance, n’a elle-même jamais formalisé un tel dogme. Au contraire, on notera, depuis les années 1970, une évolution liturgique et magistérielle progressive à ce sujet. Ainsi, en 1970, le magistère catholique introduit une messe pour les enfants qui meurent sans baptême ; en 1980, la Congrégation pour la doctrine de la foi rappelle que l’Église confie ces enfants à la miséricorde de Dieu ; le catéchisme catholique de 1992  y consacre un paragraphe[1] ; en 2007, cette option théologique est développée par la commission théologique internationale qui édite un document ayant pour titre : « L’espérance du salut pour les enfants qui meurent sans avoir reçu le baptême »[2].

 

Pourquoi gloser autant sur la doctrine de l’église catholique romaine dans une publication protestante ? C’est que le baptême, lui, dépasse nos dénominations. Catholiques, orthodoxes et protestants partagent un même baptême, qui ne marque pas l’appartenance à une église particulière, mais à l’église universelle. Deux conditions à cela : que le baptême ait été marqué par l’immersion ou l’administration d’eau, dans la foi, et accompagné d’une formule trinitaire, conformément à l’institution du baptême dans l’évangile de Matthieu.

 

19Allez donc auprès des gens de tous les peuples et faites d’eux mes disciples ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, 20et enseignez-leur à pratiquer tout ce que je vous ai commandé. Et sachez-le : je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. (Matthieu 28,19‑20)

 

C’est grâce à cette institution par Jésus que le baptême est reconnu comme un sacrement dans nos églises de la tradition protestante luthéro-réformée. En effet, la Réforme a introduit un complément à la définition classique du sacrement, en y ajoutant la condition d’une réponse à un commandement de Jésus dans les écritures. Ainsi, nous ne conservons que deux sacrements : le baptême et la Cène.

 

Pourquoi Jésus aurait-il institué des actes qui ne servent « à rien » ? Probablement faut-il reformuler la question titre de cet article, en changeant la question « quoi ? » par la question « qui ? » : Le baptême, à qui ça sert ? Alors, nous accédons à la dimension existentielle du baptême, qui « peut tout changer pour soi‑même »[3].

 

Le baptême sert au grand enfant, à l’adolescent ou à l’adulte qui en fait lui-même la demande, pour marquer son adhésion à l’espérance chrétienne et sa volonté de compter parmi les membres de l’église universelle, qui reconnait en Jésus-Christ son Seigneur. Le baptême sert aux parents qui souhaitent qu’un signe visible soit posé, attestant de leur espérance pour leur enfant. Le baptême sert aux parents qui souhaitent partager avec son parrain, sa marraine, et l’église, la responsabilité d’accompagner le chemin de vie et de foi de leur enfant en le mettant au bénéfice de l’évangile. Le baptême sert à l’église qui se réjouit d’élargir l’espace de sa tente pour y loger les nouveaux baptisés. Le baptême sert à nous tous comme un rappel de cette grâce invisible, et pourtant si existentiellement nécessaire à notre vie.

 

Pasteure Charlotte Brosse-Barral

 

Pour en savoir plus sur la compréhension luthéro-réformée du baptême et la manière de notre église de le célébrer :

  • Constitution et règlement d’application de la Constitution de l’église protestante unie de France, article 31.
  • Document « Le baptême – Qu’est-ce que le baptême dans l’église protestante unie de France » sur le site epudf.org > temps forts d’une vie > baptême.

[1] Catechism of the Catholic Church. Vatican: Libreria Editrice Vaticana, 1992. § 1262.

[2] Commission, International Theological. The Hope of Salvation for Infants Who Die without Being Baptised. Vatican City: Libreria Editrice Vaticana, 2007.

[3] Document « Le baptême – Qu’est-ce que le baptême dans l’église protestante unie de France », sur le site www.epudf.org (https://epudf.org/wp-content/uploads/2022/05/bapteme-mariage-obseques-actes_pastoraux_bapteme-7701.pdf).

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